Le téléchargement légal devient le meilleur disquaire spécialisé

Il est amusant de voir à quel point quelques idées depuis longtemps dépassées peuvent continuer à être ressassées comme si la réalité n’existait pas. Parmi celles-ci, l’affirmation selon laquelle l’offre de musique disponible sur les sites de téléchargement légal serait médiocre. Pendant longtemps, on assenait cette preuve-massue dans les débats : « Et figurez-vous qu’on n’y trouve pas les Beatles ! »
Convenons-en : on ne trouve toujours pas les Beatles au téléchargement légal, tout simplement parce que McCartney, Starr et les ayants-droits de Lennon et Harrison n’ont toujours pas trouvé de terrain d’entente pour l’entrée du plus grand groupe de l’histoire du rock dans l’ère numérique. Mais, pour le reste, la révolution annoncée est en marche, toutes les plateformes annonçant des chiffres colossaux de titres disponibles – des chiffres si énormes qu’ils en deviennent abstraits, puisqu’on n’imagine mal ce que représentent 500 000 ou 1 million de chansons !
Ce qui se cache derrière les communiqués réguliers des sites de téléchargement, c’est une réalité qui ne peut que convaincre les passionnés de musique : il y a plus de ressources numériques qu’il n’y en a jamais eu en un seul point de vente physique. Et les seules lacunes graves que l’on déplore sont pour l’instant dues à des refus explicites de certains artistes ou de quelques maisons de production, à la manière des Beatles (d’ailleurs, l’absence sur les grandes plateformes centralisées de téléchargement est souvent compensée par des sites de vente personnels).
Si l’on cherche avec l’œil du fan ou du passionné, les « bacs » numériques sont souvent beaucoup plus fournis que ceux des disquaires spécialisés de jadis : une moisson de versions variées des titres des derniers albums de Björk (le pendant de son avalanche de mini-CD dans les années 90) sur les trois grandes plateformes du marché numérique français, une quarantaine d’albums de Clifford Brown sur iTunes, 37 versions des Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach sur fnacmusic.fr, trente-neuf albums de Ravi Shankar et cinq albums de musiques traditionnelles pygmées sur virginmega.fr…
On en arrive même au point que certaines interfaces atteignent leurs limites ergonomiques : peu de sites de téléchargement sont d’une maniabilité suffisante pour que l’on se lance dans une comparaison méthodique des plus de trois cents albums proposés quand on lance une requête sur Nat King Cole ! Et gérer cette abondance constitue un nouveau défi pour ces sites.
Et les fous de musique, les maniaques, les fans absolus, dont on disait qu’ils seraient toujours rétifs au téléchargement légal, y arrivent maintenant. Par exemple, les passionnés de chanson française accèdent depuis quelques semaines à des pépites qu’ils n’ont même pas connues en CD, avec la grosse série Heritage d’Universal : les intégrales de Francis Lemarque, Catherine Sauvage, Maurice Chevalier, Marie-Paule Belle, Marcel Amont… ce qui représente des centaines de chansons qui, même si certaines sont maintenant tombées dans le domaine public (car vieilles de plus de cinquante ans et libres de droits de reproduction), n’en étaient pas moins introuvables depuis parfois des dizaines d’années sur le marché. Et même sur le marché illégal.

Gautier Martin


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7 commentaires sur “Le téléchargement légal devient le meilleur disquaire spécialisé”


  1. kubrick a dit:

    “Et les fous de musique, les maniaques, les fans absolus, dont on disait qu’ils seraient toujours rétifs au téléchargement légal, y arrivent maintenant.”

    Comme quoi, comme n’ont de cesse de le répéter la plupart des internautes, le problème et bien l’offre légale : ayez de l’audace, proposez des services, sortez des clous et là, miraculeusement, les consommateurs achètent ! Quelle meilleure preuve voulez-vous que le peer-to-peer n’est pas le problème de l’industrie culturelle mais bien la qualité de son offre légale numérique ?
    Depuis le temps que nous le répétons, seriez-vous enfin convaincus ?

    François.

  2. cyril a dit:

    Il est exact que l’on trouve de tout, mais souvent avec des DRMs, et donc des limitations.
    Encore un effort, vous y êtes presque, mais je ne suis pas certain qu’il ne soit pas déjà trop tard.

  3. Sub a dit:

    Bonjour,

    J’ai pour ma part fréquenté les sites dits légaux, mais les ai déserté à cause des DRMs. J’y suis revenu
    lorsque les DRMS ont commencé à disparaître au moins sur les catalogues indépendants (boycottant les majors
    depuis la loi DADVSI par principe ca ne me dérangait pas).
    >
    Dorénavant, depuis les accords Olivennes, j’ai cessé toute fréquentation de ces sites, toujours par principe.
    Ce n’est pas pour cela que je vais me mettre à “pirater”, la TNT et les radios Web me suffisent bien finalement.

    Les seuls téléchargements payants seront pour les artistes qui proposent leurs fichier à un prix fixé par le client (cf Barbara Hendrix).

  4. viva musica a dit:

    “…qu’ils n’ont même pas connues en CD, avec la grosse série Heritage d’Universal : les intégrales de Francis Lemarque, Catherine Sauvage, Maurice Chevalier, Marie-Paule Belle, Marcel Amont…”

    Je suis déçu que ce site se transforma (au moins sur ce post) en publicité pour Universal. Cher Gautier Martin, ces enregistrements de plus de 50 ans ont été réédités un bon nombres de fois et pas toujours, je vous l’accorde, avec talent et brio.
    Toutefois, puisque l’heure est à la réclame sur le blog du SNEP, je vous invite à découvrir le label Marianne Mélodie qui a le mérite de faire de bonnes rééditions, documentés et soignées et disponible sur Internet.
    http://www.mariannemelodie.com/

    Il faut rendre à César ce qui lui appartient. Il est vrai, l’offre légale a connu une bonne croissance avec de nombreux indépendants au catalogues entiers numérisés ce qui n’est pas (toujours) le cas de certaines majors. On ne peut que se satisfaire de cette progression de l’offre légale.

    Je ne comprend pas pourquoi vous comparez l’offre numérique à l’offre physique. Ces deux secteurs ne sont pas en concurrence, ce n’est pas le même marché. Par contre l’offre légale numérique est en concurrence avec l’offre numérique illégale.

    Vous relevez à juste titre que “certaines interfaces atteignent leurs limites ergonomiques”.
    C’est un vrai problème comme celui de la recommandation ou les très nombreuses versions identique d’un même titre (mais au code ISRC différents car provenant d’un autre album, d’une rééidtion…) Voir chez Nat King Cole, c’est flagrant.
    Le SNEP va t il monter au créneaux pour une meilleure lisibilité sur les sites de téléchargement ?
    Même chose pour la qualité ?

  5. La Porte a dit:

    L’argument est intéressant, mais je pense non pertinent.
    La comparaison entre l’offre de téléchargement légale et l’offre physique légale est bien entendu sans appel. D’ailleurs, les ventes de disques sont en chute libre, me semble-t-il, contrairement à la vente en ligne qui ne fait qu’augmenter.
    Mais là ou le bas blesse, c’est la comparaison de l’offre de téléchargement légale avec “l’offre” de téléchargement illégale.
    Je doute que vous convainquiez les pirates de la première heure, mais les pirates à la petite semaine, qui téléchargent juste “parce que c’est plus simple”, ne demandent qu’à retrouver cela dans l’offre légale. Le panel de choix est effectivement un aspect, mais les DRM ou l’ergonomie (que vous même reconnaissez comme parfois défaillantes) par exemple, l’incite à lancer plutôt son logiciel de téléchargement, universel, maitrisé, et finalement plus confortable.

  6. The BLION Corp. a dit:

    Bonjour,
    .
    Vous le dites vous-mêmes : les gens reviennent sur les plateformes légales. Sans avoir légiféré ! Pourquoi ? Vous y répondez vous-même : l’offre s’étoffe, s’améliore. Il n’y a pas de secret. La législation ne vous aide pas, et ne vous aidera pas de sitôt.
    .
    Vous mentionnez un axe de progrès : L’accessibilité à ces catalogues. Vous semblez avoir rencontré des déboires pour trouver du Nat King Cole. Nous en aurions tout autant si nous le faisions aussi.
    Un deuxième point est la présence de mesures de restriction logicielles. Elles sont progressivement abandonnées, néanmoins, nombreux sont les marchands à les utiliser massivement. Wal-Mart voulait arrêter ses serveurs de licences… En gros, leurs clients allaient être obligés de contourner les MTP pour pouvoir écouter leur musique, ce qui est illégal en France ! Acheter et être hors la loi, c’est un comble…
    .
    Une idée qui me vient à l’esprit, qui surferait sur le mode de fonctionnement actuel du P2P… Pourquoi ne pas prévoir un service avec un logiciel qui n’aurait que deux fonctionnalités :
    - Vérifier que l’abonnement au service est payé / Gérer les paiements via Paypal / CB…
    - Rechercher des albums parmi tous les catalogues pour les télécharger ensuite
    Encore plus simple qu’eMule (pas de virus, pas de fakes), aussi complet, Mieux encodé (tags ID3 entre autre) et légal…
    Du fait que le service, c’est vous qui le proposez, vous êtes en mesure de faire votre travail de répartition des sommes collectées.
    Personnellement, avec un abonnement à un tarif raisonnable, je souscris ! Au lieu d’aller sur Deezer.
    .
    Soyons honnêtes : beaucoup d’entre nous ont déjà fait leur collection de musique. Sur un abonnement illimité, le premier mois sera (peut-être) déficitaire par abonné, mais ensuite, c’est clairement gagnant-gagnant.
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    Ravi de voir qu’au SNEP, en tous cas, vous regardez comment les choses évoluent. Vous réalisez petit à petit que légiférer n’est pas la bonne solution. Par contre, n’ayez aucune pitié pour ceux qui font du commerce sur votre dos !

  7. Wyrm a dit:

    “Et les fous de musique, les maniaques, les fans absolus, dont on disait qu’ils seraient toujours rétifs au téléchargement légal, y arrivent maintenant.”
    Bel argument en faveur d’un arrêt à cette frénésie législative qui saisit nos instances nationales et européennes. Le marché se régule de lui-même, au fur et à mesure que des offres légales se développent.
    .
    Comme beaucoup l’ont dit jusqu’ici, une offre raisonnable est la meilleure stratégie face aux téléchargements illégaux. Un catalogue étendu n’est cependant qu’une étape. Vous ne garderez pas vos clients s’ils se sentent traités comme des coupables “a priori”.
    .
    Supprimer les systèmes de contrôle d’usage, qui nuisent au confort d’utilisation et témoignent de votre méfiance envers ceux-là même qui viennent payer vos services, est la prochaine étape logique. Souhaitons que ce pas soit rapidement franchi.


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