Alain Souchon et le plus-que-gratuit

On se souvient des bourgeois de Calais, sommés de donner les clés de leur ville « en chemise, pieds nus et la corde au cou ». On demande parfois la même chose aux artistes, sommés de céder à l’idéologie du tout-gratuit, et sans compensation.

Alain Souchon, la semaine dernière, décide d’offrir la chanson Parachute doré en avant-première de son album. Une chanson gratuite ? On comprend évidemment qu’il y a une contrepartie en termes de promotion à cette diffusion gratuite, qui correspond grosso-modo au bon vieux mailing allant de pair avec l’abonnement à n’importe quelle revue. En effet, le fichier mp3 de la chanson est expédié par mail après inscription à la newsletter d’alainsouchon.net. Les mentions légales certifiant que l’opération est encadrée par la loi sont évidemment précisées (récépissé Cnil n° 1230632), il est possible de se désabonner d’un clic dès réception de la première newsletter, mais la simple pensée qu’il puisse exister une contrepartie à la diffusion gratuite d’une chanson hérisse le poil des habituels énervés. Ils réclament non seulement la gratuité, mais même le plus-que-gratuit.

Et la diffusion gratuite par Alain Souchon de Parachute doré suscite la colère sur certains forums, avec noms d’oiseau lancés au chanteur et mantra rituel sur l’argent des artistes : il doit livrer sa musique en chemise, pieds nus et la corde au cou. Sinon c’est l’insulte, le crachat virtuel à la figure et les développements ordinaires sur la rapacité des artistes.

Ce qui est défendu en creux, c’est l’idée que la musique ne devrait rien rapporter à personne – en tout cas pas à ceux qui la font, la produisent et la fabriquent. Et, au bout du raisonnement, on arrive à cette idée curieuse que le chapardage à l’étalage est d’une valeur morale supérieure au don. Ou que les artistes et les producteurs de musique ne doivent pas espérer vivre un jour de leur travail.

Gautier Martin


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5 commentaires sur “Alain Souchon et le plus-que-gratuit”


  1. Wren a dit:

    Dites, faudrait quand même pas exagérer.
    Qu’il y ait des critiques sur l’initiative de Souchon, j’en ai lu en effet
    Mais c’est surtout le message délivré avec la chanson qui posait problème.
    Evidemment, dans l’article on n’en parle pas…
    Admettons…
    Mais dans ce cas pourquoi mettre l’accent sur seulement la partie des messages qui ne vous
    arrange pas et qui sont minoritaires.

    Une fois de plus, comme dans chacun des messages délivrés ici, on caricature à fond

    quel dommage

  2. Thomas a dit:

    Je crois que vous exagérez, le reproche fait à Alain Souchon est beaucoup plus simple : il publie une de ses chansons avec pour unique justification que “On fait des chansons, on les met sur des disques, ça coûte des fortunes, des tas de gens y travaillent et personne n’achète les disques parce qu’ils copient”.
    .
    Ce qui irrite les internautes c’est qu’on les catalogue systématiquement de pirates, de sanguinaires qui ne veulent que voler et provoquer du tort à l’industrie musicale. Il faudrait peut être avoir un peu de recul sur la situation. Alain Souchon empreinte des raccourcis comme le font toutes les personnes non informées : répéter ce qu’il a entendu ici et là sans se faire son propre avis.
    .
    Et puis sérieusement, si monsieur Souchon voulait vraiment publier son titre gratuitement, il l’aurait fait sans une inscription à une newsletter obligatoire, comment voulez-vous que personne ne soit soupçonneux avec de telles pratiques ? La déclaration à la CNIL est une fumisterie, il n’y a aucun contrôle de l’utilisation des données collectées et le risque que les personnes ayant laissé leurs informations sachent ce que le site en fait est proche du néant.
    .
    Enfin je ne crois pas que Souchon soit tellement menacé par le piratage, son audience n’est pas vraiment adepte du téléchargement illégal…

  3. The BLION Corp. a dit:

    Quand quelqu’un me propose quelque chose de GRATUIT, je m’attends à ce que ce soit GRATUIT, c’est à dire sans contre-partie.
    .
    Si un artiste veut fournir sa musique en échange d’une inscription sur une liste de diffusion, alors ce n’est plus une diffusion gratuite, il y a une contre-partie non négligeable ! (parce qu’on sait où vont finir les listings d’adresses e-mail)

  4. Sub a dit:

    Bonjour,

    Si vous pouviez mettre votre énergie dans la mise en place d’une licence légale
    (ou globale) permettant à tous les acteurs une juste rémunération, je pense qu’on
    avancerait. :-)
    /
    Pour revenir à M Souchon, je trouve qu’il s’agit d’une évolution positive et je me
    garderai bien de le critiquer bien que je déteste la major qui l’emploie.

  5. Faith a dit:

    Voici une vision très caricaturale du “problème” Souchon.

    Voici ma version:
    Alain Souchon et son équipe ont réussi à créer un très gros buzz autour de la chanson et de son album à venir. A peu près tous les sites d’info sur Internet ont fait suivre le communiqué, parfois même sans chercher plus loin que ce-dit communiqué.
    La pub a donc fait son chemin de manière efficace et le nombre de visites sur le site de M. Souchon a du exploser. Très bien.

    J’ai moi même été intéressé par la news, et suis allé sur son site. Et là, qu’y ai-je trouvé ?
    Une vidéo de M. Souchon où il s’adresse “directement” à nous. C’est très agréable, très “impliquant” et ça m’a fait plaisir de l’entendre s’adresser “à moi” surtout que j’ai un souvenir relativement agréable de ses chansons.
    Mais sur la fin de la vidéo, une petite pique lancée me refroidit un peu: “tout le monde télécharge illégalement, vous le savez c’est donc un peu de votre faute si je ne peux pas sortir mon disque…” Ce n’est pas explicitement dit, mais c’est ainsi que ça a été perçu.
    Dommage de finir sur une telle maladresse (”attaquer” un futur client est rarement une stratégie commerciale efficace) alors que le début était bon.

    Je clique ensuite sur le lien “télécharger” et que vois-je ? On me demande mon adresse mail, ainsi que mon nom et prénom… et surtout, on m’oblige à m’inscrire à une newsletter !
    Ca ne se fait jamais sur aucun site “sérieux”, seuls quelques sites vraiment intrusifs et rarement de qualité imposent l’inscription à la newsletter.
    Je ferme donc mon navigateur Web, sans avoir entendu la moindre note de la nouvelle chanson. Efficacité de la publicité nulle pour moi, dommage, j’avais vraiment envie de savoir ce que devenait ce chanteur qui a bercé mon enfance.

    Alors, qu’est-ce qui n’a pas marché auprès de la communauté “informaticienne” ? Le non respect des codes et des habitudes d’Internet. Est-ce par non-connaissance, par erreur ou voulu ? Je ne sais pas, mais ça a choqué pas mal de monde. Cela dit, les réactions ont parfois été (trop) vives, et je suis le premier à condamner certains commentaires.
    Mais cela permettra peut-être de rappeler qu’il existe encore des gens qui ne sont pas prêts à laisser utiliser leurs données personnelles juste pour un “cadeau gratuit” (que l’on entendra à la radio très bientôt, gratuitement et sans contrepartie)
    Et quand on constate que M. Souchon fait partie des quelques artistes qui revendique leur soutien à la loi HADOPI, loi qui se propose de confier la justice dans les mains d’une organisation privée, cela donne d’autant moins envie de le soutenir.

    Maintenant, il est bien évident que nous n’étions pas la principale cible de ce buzz. La cible était plus probablement la ménagère de moins de 50 ans qui ne sait pas que sont adresse mail a une valeur et à qui il ne viendrait pas à l’esprit de donner un faux nom ou une adresse mail “poubelle”.
    Je suppose donc que de ce coté là, cette publicité est une réussite.

    Maintenant concernant les ventes à venir de l’album de M. Souchon, j’ai peur qu’il ne connaisse pas un grand succès: la crise qui le touche, touche également ses “clients”. De plus, le CD n’est plus un cadeau “à la mode” pour Noël: les consommateurs se sont tournés vers d’autres genre de cadeaux: il y a quelques années, c’était un beau cadeau qui faisait plaisir à tout les coups… maintenant, c’est devenu le symbole du cadeau offert quand on ne sait pas quoi offrir, le truc par défaut quoi…


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