Contre la musique, le silence des médias

La crise du disque, ce n’est pas seulement le disque, l’économie du disque et les formes alternatives au disque. Toute l’architecture de la filière musicale est en cause, dans la genèse de la crise comme dans le nouveau modèle économique qui doit émerger. Et les producteurs souffrent depuis des années du manque d’ouverture des médias.

Disons-le simplement : depuis le début des années 80, la tendance des télévisions et des radios grand public est perpétuellement au rétrécissement de l’offre musicale. On le sait bien : il y a toujours moins d’émissions dans lesquelles les artistes peuvent se produire, il y a toujours moins de diversité dans les programmations musicales, il y a toujours moins de place pour les chanteurs qui n’ont pas déjà obtenu l’onction du grand public. Le résultat est que des artistes arrivent aujourd’hui à quinze ou vingt ans de carrière sans avoir presque jamais paru sur le grand écran, comme Thomas Fersen, Juliette ou les Têtes Raides.

Un indice révélateur : presque chaque année, le public découvre grâce à la soirée des Victoires de la musique des artistes qui n’ont jamais ou presque été exposés dans les grands médias audiovisuels. Cela peut d’ailleurs bouleverser une carrière, comme celle d’Anaïs après la soirée des Victoires 2006, où sa performance lance un processus qui la fait passer en quelques mois des petites salles rock à l’Olympia.

Les télévisions et les grandes radios, en recyclant en permanence les plus vieilles recettes, n’ont pas perçu ce que signifiait, en termes musicaux, la révolution culturelle de la postmodernité qui a déferlé sur les pays occidentaux au cours des années 90 : l’opposition entre grandes variétés populaires et chanson underground n’existe plus ; le grand public peut aimer à la fois Jenifer, M, Henri Salvador, Placebo, Julien Clerc et Manu Chao. Hors les vieux réflexes fonctionnent toujours chez les programmateurs, qui cherchent « du fédérateur » alors que le public aime de plus en plus vagabonder de style en style, d’esthétique en esthétique…

A tout cela s’ajoutent d’autres crises, comme les difficultés des quotidiens nationaux. Ceux-ci réduisent en priorité l’espace consacré à la culture et l’actualité du disque devient quantité négligeable : chroniques réduites comme peau de chagrin dans Libération et Le Monde, purement et simplement supprimées dans Le Figaro, tandis que l’ascension des journaux gratuits ne compense rien en termes de diversité des esthétiques couvertes. Et ce sont de moins en moins de disques qui sont évoqués dans une place de plus en plus étroite, mais sans aucune compensation par ailleurs (la presse nationale ne traite que marginalement le foisonnement musical sur Myspace et les autres espaces culturels nouveaux).

Et cela ne change pas grand-chose que les émissions de téléréalité musicale élargissent leur programmation ces dernières saisons (les expériences Olivia Ruiz et Christophe Willem ont été utiles !) : il n’y a toujours pas assez de musique à la télé, pas assez de nouveaux artistes à la radio. L’impression est d’ailleurs que le temps de plus en plus long que les Français passent à écouter (ou à entendre) de la musique enregistrée (plus de cinq heures par jour aujourd’hui) est de plus en plus consacré aux goldies, au détriment de la créativité. Cette créativité est la vie et l’énergie des artistes, cette créativité est la pulsion vitale des entreprises du secteur, cette créativité est le futur de la culture française. Mais le silence la menace.

Gautier Martin


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4 commentaires sur “Contre la musique, le silence des médias”


  1. Sub a dit:

    Pour une fois je serai plutôt d’accord avec ce texte. Mais cet état de fait n’est-il pas la faute de la main-mise des grands groupes (les majors) sur la production ? N’est-ce pas au Snep de s’élever contre cet état de fait ? Bon certes il y a le prix Constantin, ou l’on voit des artistes de talent… mais ca ne va pas suffir….
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    Par contre, il existe un outil de promotion inégalé par son rapport qualité /prix, vous l’aurez deviné il s’agit de l’Internet. Toutes les musiques que j’ai acheté ces dernières années (oui, ca m’arrive, plus souvent que vous pensez) ont été découvertes sur Internet. Il s’agit c’est vrai d’artistes indépendants voire même autoproduits pour lesquels Internet est absolument nécessaire.

  2. Faith a dit:

    Bon ça fait plaisir de lire, enfin, un texte relativement équilibré…
    C’est juste, les medias ne sont pas partisans de beaucoup d’originalité et passer la même chanson du même groupe à chaque heure devient vite lassant.

    Mais il ne faut pas tomber dans le complexe “calimero” en disant que le monde est trop-trop injuste ! Il faut se démener pour faire changer les choses (il me semble d’ailleurs que c’est le rôle des majors de faire connaître leurs artistes…)
    Si vous voulez vendre, bougez vous ! Vous avez un boulevard mediatique et commercial sur Internet, alors profitez-en pour montrer aux radios que si elles ne jouent pas le jeu, vous vous passerez d’elles !

    Hélas, pour avoir du succès sur internet, encore faut-il ne pas se mettre à dos les internautes… Et ces derniers temps, on peut dire qu’on s’en prend plein la tête (producteurs, majors, politiques, medias et mêmes quelques artistes).

    Alors, faites bouger les choses ! Venez à la rencontre de votre “public” d’internautes, faite ce qu’il faut pour les convaincre que vous n’êtes pas des adversaires.

    PS: et quand on parle de l’extension de la durée des droits d’auteur, je ne pense pas que ça soit pour favoriser la création… Alors, vous pourriez peut-être militer pour que cette durée ne soit pas encore augmenter (ou même pour qu’on la baisse un peu)

  3. Hector a dit:

    Pour ma part 95% de ce que j écoute aujourd’hui je l ai trouvé sur le net depuis que je télécharge (2001), sans Internet il y a fort a parié que je ne me serais même penché sur la question, soit, je l‘avoue je n’ai acheté aucun albums mais j’ai vu ces artistes en concerts (plusieurs fois pour certains cela me semble une juste rétribution), s’il y avait eu un License globale je l’aurais payé avec grand plaisir.

    Il y a de très bonnes chaines thématiques telles qu’Arte ou Mezzo qui proposent des programmations intéressantes. MCM passait des bons trucs au début des années 90 avant de décider de concurrencer directement MTV.

    Pour en revenir a votre thème, très intéressants au demeurant, je pense que les industriels ont un grave problème d’adaptation a ce nouveau moyen de communication (16 millions de connections en France tout de même…), proposez des web radios attractives, des découvertes de talents (les consommateurs sont conditionnes a écouter de la musique de bas étage).

    Petit conseil, si vous souhaitez que vos auditeurs soient en phase avec vous, votre démarche actuelle va totalement à l encontre des fondements commerciaux, ce n’est pas en vous les mettant a dos qu’ils seront réceptifs, Internet est un énorme moyen de promotion et de diffusion quand on sait l utilisé, bien plus que la télévision a mon sens.

  4. ruetama a dit:

    Bonjour,
    je suis assez d’accord avec ce que vous dites, au sujet de la diversité. En revanche, j’aurai tendance a avoir un autre discour pour le reste.
    Premierement, je pense que ce manque de création est de la responsabilité des majors. Quand on entend parler de nouveaux artistes, une simple ecoute suffit a comprendre que dans 95% des cas, c’est un clone de XXX. C’est pour cela que les gens utilisent souvent le p2p pour découvrir de nouveaux artistes.
    ensuite, vous parlez du problème de la représentativité dans les médias. Personnelement, je trouve que la rubrique “culture” n’a pas a etre enorme, parce qu’il n’y a pas que cela dans la vie, il y a des choses plus importantes.
    D’ailleurs, c’est une chose que je pense que vous n’avez pas compris. la culture, c’est bien. mais quand les choses vont mal, ce n’est pas essentiel.


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