Projet de loi “création et internet” : un débat dans la sérénité, pour un vote de consensus

Jeudi soir, le Sénat a voté à une très large majorité le projet de loi Création et Internet.

Les débats qui se sont déroulés au sein de la Haute Assemblée ont permis de dégager un consensus sur la nécessité de protéger les droits des créateurs et de ceux qui investissent à leur coté.

Face au phénomène de masse que constituent les échanges illicites sur Internet, il est apparu nécessaire pour les sénateurs, quelle que soit leur obédience politique, de réintroduire une règle du jeu permettant de garantir le respect des droits de propriété intellectuelle sur Internet.

Car, rappelons-le, malgré les vaines pétitions de principe auxquels se livrent les partisans d’un Internet sans cadre réglementaire, il est indispensable d’atteindre un point d’équilibre entre les droits des créateurs et ceux des consommateurs.

De manière commune, les sénateurs ont relevé que ce projet de loi n’est pas ni dans son principe, ni dans la manière dont il sera mis en œuvre, liberticide. En effet, la liberté d’utiliser Internet ne constitue pas un droit absolu auquel rien ne pourrait déroger.

Le Conseil Constitutionnel n’a-t-il pas rappelé, dans sa décision n°2006-540 du 27 juillet 2006, que le droit d’auteur et les droits voisins étaient aussi des droits de l’homme en précisant que « les finalités et les conditions d’exercice du droit de propriété ont subi depuis 1789 une évolution caractérisée par une extension de son champ d’application à des domaines nouveaux (…) parmi ces derniers, figurent les droits de propriété intellectuelle et notamment le droit d’auteur et les droits voisins » ?

D’ailleurs, l’attitude de ceux qui pourfendent le projet de loi « Création et Internet » n’est pas justifiée par la nécessité de sauvegarder les libertés individuelles. Elle consiste en revanche à empêcher, pour des raisons idéologiques ou purement commerciales, que tout dispositif soit mis en œuvre pour dissuader de manière efficace les internautes de télécharger illégalement, faisant ainsi le jeu de ceux qui préconisent une totale déréglementation des réseaux. Déréglementation à laquelle semblent attachés de manière assez paradoxale dans un élan commun les libertaires et les ultralibéraux de l’Internet.

Il ne s’agit pas pour les ayants droit de faire du triomphalisme, car rien n’est encore joué, mais bien de soutenir un dispositif, adapté et proportionné, dans un espace où la technologie règne sans partage.

Quant aux « Eurosceptiques » qui prétendent que ce projet de loi va à l’encontre de l’amendement N° 138 déposé par le député Bono dans le cadre de la révision des directives du Paquet télécom, il nous semble important de rappeler quelques principes élémentaires de droit communautaire :

- La possibilité pour une autorité administrative d’intervenir pour mettre un terme à une infraction sur Internet a été confirmée par l’article 12.3 de la directive 2000/31/CE du 8 juin 2000 dite directive Commerce Electronique qui considère que l’exonération de responsabilité dont bénéficient les fournisseurs d’accès «n’affecte pas la possibilité, pour une juridiction ou une autorité administrative, conformément aux systèmes juridiques des Etats membres, d’exiger du prestataire qu’il mette un terme à une violation ou qu’il prévienne une violation ».

- De même, l’obligation qui serait instituée par l’amendement n° 138 se heurte à l’autonomie administrative dont disposent les Etats membres dans l’exercice de leurs pouvoirs conformément au principe général de subsidiarité édicté à l’article 5 du Traité instituant la Communauté Européenne.

- Enfin, si l’on devait considérer, au regard de cette nouvelle disposition, l’accès à l’Internet comme une liberté fondamentale, ce qui n’a rien d’évident, rappelons que les Etats membres n’ont pas attribué à la Communauté européenne la compétence d’édicter dans un texte de droit dérivé, en l’occurrence la directive dite « cadre » du paquet télécom, de nouveaux droits et libertés fondamentaux, de telles prérogatives ne pouvant être consacrées que par l’intermédiaire d’un Traité.

- D’un point de vue pratique, une telle interprétation aboutirait d’ailleurs à des situations absurdes. Par exemple, un fournisseur d’accès ou un opérateur de téléphonie mobile ne pourraient plus suspendre l’accès à Internet à leurs clients pour défaut de paiement de l’abonnement sans passer préalablement par l’autorité judiciaire.

Loin des polémiques, il conviendra donc d’aborder l’examen du projet de loi « Création et Internet » à l’Assemblée Nationale avec sérénité et éviter que le débat soit pris en otage par ceux qui voient dans ce texte l’occasion de faire fructifier leur fonds de commerce électoral.


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5 commentaires sur “Projet de loi “création et internet” : un débat dans la sérénité, pour un vote de consensus”


  1. cyril a dit:

    Vu la réaction de la CNIL, qui n’est certes que consultatif, je ne pense pas que l’on puisse parler de consensus, le parlement sera moins docile que le sénat …
    D’autre part, une fois encore cette loi ne servira à rien d’autre qu’à accélérer la création de réseau 100% anonymes, qui seront un paradis pour tous les délinquants de la planète.
    Tout ça pour ne pas avoir accepté une licence globale il y a deux ans, beau combat inutile.

  2. foo a dit:

    Par exemple, un fournisseur d’accès ou un opérateur de téléphonie mobile ne pourraient plus suspendre l’accès à Internet à leurs clients pour défaut de paiement de l’abonnement sans passer préalablement par l’autorité judiciaire.

    —-

    En cas de résiliation du fait d’un opérateur de téléphonie, la réinscription chez un autre opérateur n’est aucunement interdite. C’est donc très différent d’une interdiction totale de souscrire à un abonnement internet.

  3. Sub a dit:

    Bonjour,
    Je suis désolé de vous contredire mais ce projet est liberticide, quelle qu’ait pu être l’attitude des sénateurs.
    Le scoop de la Tribune (publication du rapport de la CNIL sur le projet de loi) le montre clairement…

    Quant à la prise en otage du débat, les ayant droits ont aussi de leur côté une bonne part de responsabilité.
    .
    Par contre je suis d’accord avec le fait qu’il est nécessaire de trouver un équilibre entre les divers droits (d’ailleurs la copie privée n’est même pas un droit mais une exception au droit d’auteur, ce qui montre le déséquilibre originel de la législation). Je pense simplement et humblement que le projet de loi Hadopi n’est pas la meilleure façon de rétablir un équilibre ni la confiance des usagers.

  4. hector a dit:

    Je ne comprends toujours pas pourquoi vous vous entêtez a essayer de sauver votre système économique qui n est plus d actualités…

    De plus ou est le débat avec les consommateurs (qui sont vos clients par ailleurs) ? Ah oui si on les avait consulte ils l’auraient rejeter en bloc (et pour cause)

    La moyenne d’age au Senat est de 55-60 ans ? Donc ils ne comprennent rien a Internet car pas de leur generation. La raison pourquoi il a été sous etudie.

    C’est lamentable vous aller faire aider les VRAIS pirates a developper les reseaux ananymes autement bien plus dangereux…

    Esperons juste que les deputes soient un peu plus responsables qui les senateurs

  5. Thomas a dit:

    Que de temps et d’argent gaspillé ! Comment le gouvernement et les maisons de disques peuvent croire une seule seconde que cette loi sera efficace ? Mon dieu mais qu’elle naïveté ! Vous ne vous rendez absolument pas compte que l’adaptation des internautes aux innovations en matière de réseau et de partage de données est exponentiel, en tout cas bien plus rapide que votre capacité à faire légiférer et surtout… à proposer une offre légale et attractive.
    .
    Que ce soit cette loi où par exemple le filtrage des sites pédophiles, toutes ces mesures contribueront à accentuer le piratage et les activités illicites dans l’ombre, par des voies tellement poussées techniquement (cryptage, proxy, ip spoofing etc…) qu’il ne sera bientôt plus possible d’arrêter de telles pratiques.
    .
    Les acteurs qui contribuent à la neutralité de l’internet c’est-à-dire les associations de consommateurs, certains fournisseurs d’accès, des sociétés d’informatique, des députés, le monde du logiciel libre etc… vous ont suffisamment prévenu de ce que vous attendait et à quel point la loi sera inefficace, elle vous fera perdre encore plus d’argent et le web sera encore plus incontrôlable.
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    Comme on dit, “il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis”…


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