Utilisant dans le titre de son article un néologisme raide comme un menhir, « dé-satisfecit », le polémiste Philippe Astor a livré il y a quelques jours son analyse sur la musique en ligne. Après avoir longtemps réservé ses coups aux majors, puis aux sociétés d’auteurs, il inclut maintenant dans le même opprobre les labels indépendants, coupables eux aussi de réclamer une rémunération pour l’usage qui est fait de la musique qu’ils ont produite – l’incantation rituelle sur la filière musicale qui va « droit dans le mur ».
On ne s’attardera pas ici à entrer dans une polémique fastidieuse sur les solutions à long terme qu’il propose pour le « grand bond en avant dans le XXIe siècle » de l’industrie musicale. Simplement, une fois de plus, il faut relever dans son article cette assertion exaspérante : « Si l’offre légale était aussi pertinente que certains veulent le penser, si les propositions de valeur de la musique en ligne étaient si séduisantes pour les fans de musique, nous n’en serions pas à voir le numérique parvenir à peine et fort péniblement à compenser, sur certains marchés, le déclin de la distribution physique. »
Assertion exaspérante, mais pourquoi ? Eh bien parce qu’elle est fausse. On ne veut pas croire que dans son combat Philippe Astor puisse être de mauvaise foi ; dans le meilleur des cas, ce qu’il est écrit est absurde.
Il sait très bien que les plateformes de téléchargement légal présentent aujourd’hui des offres supérieures en ampleur et en diversité non seulement aux titres repérés dans la nébuleuse du téléchargement illégal, mais aussi à tout ce qui a jamais disponible en un quelconque instant sur support physique. Jamais le Virgin Megastore de Times Square, réputé être le plus grand magasin de disques au monde, n’a proposé autant de titres qu’aujourd’hui les trois plus grandes plateformes accessibles aujourd’hui pour les consommateurs français.
La part de l’offre illégale « palliant » les trous de l’offre légale est maintenant marginale. Car ce que l’on trouve aujourd’hui au téléchargement illégal et qui n’est pas disponible sur les plateformes légales généralistes ou spécialisées, outre quelques cas célèbres et clairement circonscrits (comme « l’exception Beatles », en voie d’être résorbée) ou des curiosités marginales (albums jadis édités par des structures aujourd’hui disparues sans que les droits n’aient été repris), le seul « plus » notable de l’offre illégale est l’accès à des contenus illégaux aujourd’hui comme hier – concerts piratés, « fuites » de studio, enregistrements répandus avant leur parution officielle. C’est-à-dire que l’écrasante majorité des répertoires (même très « pointus ») devient disponible au téléchargement légal. Si « le numérique [parvient] à peine et fort péniblement à compenser, sur certains marchés, le déclin de la distribution physique », c’est précisément parce que ce numérique légal est en concurrence avec une masse de contenus numériques illégaux et gratuits.
Prendre pour preuve de l’insuffisance de l’offre légale le fait que le chiffre d’affaires de celle-ci ne compense pas exactement les pertes du marché physique est une absurdité. Tant qu’il existe la possibilité de se procurer gratuitement un bien marchand, le marché de ce bien est faussé. Et tant que voler la musique ne coutera rien d’autre que le fugitif sentiment d’avoir commis un acte vaguement blâmable, le téléchargement illégal concurrencera l’offre légale. C’est l’objet de la loi Création et Internet, ainsi que de dispositifs que les autorités publiques ou les fournisseurs d’accès à internet mettent en place dans d’autres pays.
Le nouveau modèle économique de la musique ne pourra se développer sainement, sereinement et rationnellement que si sa concurrence la plus pernicieuse – et illégale – cesse de nuire massivement aux producteurs de musique et aux artistes. Il ne pourra se dégager de fonctionnement économique et culturel durablement viable que si la production de musique restaure une rentabilité permettant d’investir durablement. L’offre légale est devenue une offre de qualité ; une offre évidemment amendable et perfectible, mais une offre abondante et diversifiée. Ses difficultés ne tiennent pas principalement à l’offre physique, à l’air du temps ni même aux DRM, mais à l’offre illégale.
Gautier Martin
Tags: création et internet, Label, téléchargement légal


17 décembre 2008 à 1:05
[...] post de Gautier Martin. Le téléchargement est un fait, au même titre que la gravitation. Passer des [...]
17 décembre 2008 à 1:18
Le téléchargement est un fait, au même titre que la gravitation. Passer des lois pour rendre illégale la gravitation ne mènera pas loin. Un marchand qui en appelle à la loi pour une vendre plus avoue son incapacité à faire son métier de marchand.
La meilleure preuve que l’offre légale n’est pas terrible, c’est que les gens ne s’y précipitent pas. Le jour où ils le feront, le problème se résoudra de lui même.
Réduire l’offre a une question de prix, c’est avoir une vision bien pauvre (et purement mercantile) de ce que recouvre “l’offre”. Il se vend plus de Porsche (avec une meilleure marge) que de Logan. Si on interdit la Logan, Porsche ne vendra pas une voiture de plus.
Par contre, celui qui veut vendre une Logan au prix de la Porsche, celui-là a un problème.
Les échanges en peer to peer sont là pour prouver que le coût marginal de reproduction et de distribution de la musique est zéro. Partant de là, le seul prix non abusif est une offre forfaitaire complète: toute la musique de l’univers que je peux télécharger pour, disons, 8 € par mois. Il ne faut pas oublier que ces 8 €, c’est du résultat net (je ne parle pas de TVA). Si tu as 10 000 000 de souscripteurs, ca fait 1 MILLIARD DE RESULTAT NET par an, rien que pour remplacer le disque.
Si le coût de reproduction, distribution d’une offre payante dépasse ce zéro c’est que la méthode de production est économiquement sous-optimale, il est normale qu’elle disparaisse (et ses promoteurs avec).
L’industrie musicale n’est pas la seule ou le payant s’oppose au gratuit: c’est la même chose dans le domaine du logiciel, pourtant les (bons) éditeurs de logiciel payant ont su préserver leurs revenus face au logiciel gratuit. Malheureusement, la structure est un peu différente dans la musique, ce qui empêche de développer une pluralité de distributeurs (et de modèles économiques). Les éditeurs crèvent de n’avoir misé que sur 1 modèle, alors que ce pourrait être une industrie florissante.
Pour ce qui est de la musique et des artistes, ne t’inquiète pas: ils étaient là bien avant l’invention de la propriété intellectuelle, et ils seront encore là longtemps après sa disparition.
Dernière remarque: dans le débat HADOPI, on entend beaucoup parler de revenus d’un côté, de libertés individuelles de l’autre, mais la notion d’accès du plus grand nombre à la culture me semble tristement absente.
17 décembre 2008 à 14:50
le P2P existe plus de 10ans, qui est a blâmer pour l’insuffisance, les défauts et le retard de l’offre légale? Les pirates, ou une industrie qui n’a pas été capable de sortir et fiabiliser un produit en plus d’une décennie?
En tout cas ce n’est sûrement pas le consommateur, qui lui se retrouvera demain à vous payer la même taxe copie privée qu’hier, malgré que le conseil d’état ai décrété que le téléchargement était illégal ne devait pas être pris en compte et être indemnisé a ce titre.
Ayons ensemble un raisonnement mathématique.
Si les ayant-droit (qui définissent le montant de l’argent qui leur est reversé comme indemnisation via la commission Albis) estiment eux-même que:
(redevance copie privée) = (redevance copie privée) - (indemnisation des téléchargements illégaux)
C’est alors que les téléchargement illégaux sont nuls et/ou n’ont aucune influence sur le marché.
Vous perdez donc votre temps a le combattre, plutôt que de travailler sur l’offre légale.
Chaque jour j’entends parler d’exclusivités itunes, exclusivités accordées par l’industrie.
Mais je ne serais jamais client de cette plate forme qui ne respecte pas ses acheteurs en leur vendant des produits défectueux et de mauvaise qualité, et surtout rémunère les artistes au lance-pierre au profit de leur maison de disque.
17 décembre 2008 à 15:47
Vous dites : “Le nouveau modèle économique de la musique ne pourra se développer sainement, sereinement et rationnellement que si sa concurrence la plus pernicieuse – et illégale – cesse de nuire massivement aux producteurs de musique et aux artistes”
C’est drôle … Vous dites que pour réformer la musique il faut supprimer le piratage ? Moi je dirais qu’il y a du piratage parce que vous n’avez pas réformer la musique à temps pour prendre le virage numérique.
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Tout ce qui a été fait (non pas tout, mais ce qui a été fait de bien n’est pas l’oeuvre des majors, merci Deezer) a été fait aux antipodes de la logique !
Je comprends bien le marketing Apple de coupler iTunes et iPod, mais pour le consommateur lambda, ne pas pouvoir écouter sa musique VirginMega sur un iPod, ne pas pouvoir écouter sa musique FnacMusique si sa connection Internet est défaillante, ne plus pouvoir écouter sa musique avec DRM le jour où Yahoo décide de fermer ses serveurs !? Comment peut-on imaginer que des contraintes pareilles ne vont pas être un frein à la vente !?
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Et tout ça pour quoi ? Espérer que ça limite le piratage ?
Allons ! C’est du même niveau que d’empêcher quelqu’un de regarder un Bluray en HD si son écran n’est pas HDCP ! Les pirates ne prennent pas le film entre la sortie du lecteur Bluray et l’entrée de l’écran, mais bien directement en cassant les protections sur le film.
Du coup encore une fois, sous prétexte de lutte contre le piratage, on vient mettre des batons dans les roues du consommateur lambda qui a acheté son film et qui voulait le regarder sur son video-projecteur …
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“Ses difficultés ne tiennent pas principalement à l’offre physique, à l’air du temps ni même aux DRM, mais à l’offre illégale.”
Là on est d’accord :
- Ce n’est pas parce qu’un album dématérialisé en MP3 de qualité moyenne est vendu des fois plus cher qu’un album en boite dans le commerce.
- Ce n’est pas parce que le budget des Français n’est pas extensible à l’infini.
- Ce n’est pas parce que les gens en ont assez d’être embêtés par les DRM.0
- C’est uniquement parce que l’offre illégale est plus simple, plus étendue, sans DRM et de meilleure qualité ! … Quelle concurrence déloyale !
17 décembre 2008 à 16:12
Bonjour,
Si les sites de téléchargement dits légaux étaient si bien pourvus et bon marché que vous le sous-entendez, cela ferait longtemps que j’aurai racheté sous forme numérique le contenu de mes 350 vinyls. Hélas c’est loin d’être le cas (même si l’offre s’est tout de même améliorée en quantité comme en qualité, il faut le reconnaître). mais il y a TOUJOURS des DRM, alors que depuis 1 an et demi les majors clament qu’elles vont les supprimer (c’est le cas pour certaines, mais pas pour la principale major par exemple).
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Pour ma part j’ai définitivement renoncé à ces plate-formes et je vais numériser mes vinyles, car je n’ai pas encore de re-payer pour des oeuvres de plus de 20 ans dont les droits voisins devraient être terminés.
17 décembre 2008 à 16:16
Mr Martin,
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Vous oubliez, ou négligez, toujours une chose : le souhait des clients…
Avoir une offre légale très large, c’est bien, mais ce n’est pas tout. Ça ne répond pas aux souhaits des clients (potentiels ou avérés) et ce n’est pas suffisant pour ramener les pirates vers la voie légale.
Voici quelques raisons pour lesquelles les gens se dirigent plus vers les réseaux illégaux que les réseaux légaux :
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- choix du format et de l’encodage. Vous le négligez peut-être mais certains, voir même beaucoup, portent un réel intérêt au choix du format (mp3, ogg, flac, etc.), du bit rate (128kb, 256kb, 320kb, etc.) et ce genre de choses. Beaucoup choisissent leur lecteur MP3 en fonction de ces critères (”Est-ce que ce lecteur supporte le flac ?”). Sur les plateformes légales, ce choix est bien plus restreint que sur les plateforme illégales…
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- les DRM. Un lecteur MP3, ça permet d’écouter la musique que l’on aime où que l’on soit. Doux sentiment de liberté que voilà ! Liberté de choix (de la musique), liberté de mouvement (où que l’on soit)… Les DRM, par principe, nous empêchent de faire ce que l’on veut de notre musique légalement acquise. Cela ternit grandement notre sentiment de liberté. D’où un rejet catégorique… L’acheteur se sent fliqué, ce qui est très bizarre, d’autant plus qu’il se trouve sur une plateforme légale de téléchargement. C’est presque incohérent en soit…
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- Rémunération des artistes. Vous aurez beau dire ce que vous voudrez à ce sujet, le sentiment fort qui domine actuellement chez vos clients, c’est le sentiment que les artistes sont trop peu rémunérés sur les œuvres vendues, et que les maisons de disques sont beaucoup trop rémunérées. Quand l’UFC Que Choisir avance que sur un titre vendu 99 centimes, la maison de disque touche 60 centimes et que l’artiste ne touche que 7 centimes et que vous répondez simplement “non, c’est faux”, de nombreuses questions subsistent : Si ces données sont fausses, alors quelle est la véritable répartition des revenus ? Comment se fait-il que les artistes soient si peu rémunérés ? Pourquoi les maisons de disques sont si largement payées ? Vous allez me dire : “quel lien avec la qualité de l’offre légale ?” Eh bien c’est simple : si les artistes étaient mieux rémunérés et si les maisons de disques se faisaient plus discrètes sur les prix, ça encouragerait beaucoup à se tourner vers les offres légales. Si si. Nombreux sont les “pirates” qui veulent récompenser les artistes qu’ils aiment mais qui refusent “d’engraisser les majors”. Le deuxième point prévalant sur le premier, notamment parce que vous vous positionnez en véritable ennemi, ils refusent d’acheter de la musique aux majors et se tournent soit vers le piratage, soit vers le boycotte, soit vers des plateformes alternatives type Jamendo. Les grands perdants dans l’histoire, ce sont les artistes, mais c’est en partie votre faute, quoique vous en pensiez.
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Bref, vous avez beau être persuadé que votre offre légale est largement supérieure à “l’offre illégale” (si on peut parler d’offre), vos clients pensent que non, qu’il manque encore des choses essentielles. Vous faites déjà des efforts dans le bon sens, notamment au sujet des DRM, mais ce n’est pas encore suffisant. Écoutez vos clients au lieu de leur faire la guerre et vous verrez que les choses peuvent s’améliorer.
17 décembre 2008 à 18:03
“Le nouveau modèle économique de la musique ne pourra se développer sainement, sereinement et rationnellement que si sa concurrence la plus pernicieuse – et illégale – cesse de nuire massivement aux producteurs de musique et aux artistes.”
C’est peut-être vrai. Mais, nombre d’études montrent que ceux qui téléchargent le plus sont ceux qui achètent le plus…
Exemple récent de l’actualité:
http://www.numerama.com/magazine/11569-En-Bretagne-les-P2Pistes-sont-les-plus-gros-acheteurs-de-DVD.html
La réciproque voudrait que, si l’on supprime le P2P, on diminue les ventes… Le modèle économique actuel à évolué avec une variable dont les économistes refusent de prendre en compte. Il ne faut pas voir dans le piratage un “manque à gagner” (combien de personnes ayant téléchargé l’album de Lorie l’aurai RÉELLEMENT acheté?!!)
18 décembre 2008 à 13:07
Bonjour,
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Sur un site de vente, il est très rare de trouver tous les artistes qu’on souhaite écouter. il faudrait donc chercher sur plusieurs sites en ligne, qui réclament tous une inscription, généralement liée à une newsletter… Faites un essai, inscrivez-vous chez 10 marchands et comparez leurs méthodes commerciales !
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Je viens de faire un essai sur fnacmusic… Le CD de Monsieur Roux est disponible à la vente pour 15€. Le dernier Best-of de Cristina Aguilera à 18€. Le contenu des mêmes CD en téléchargement sont à 10€. chacun.. et là, je vois :
“Format : 192 Kbits/s, WMA DRM, format sécurisé (garanti sans virus).
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Pour utiliser les services fnacmusic, vous devez posséder au minimum un ordinateur PC équipé de :
une carte son,
Microsoft Windows 98 / NT / 2000 ou une version ultérieure,
Microsoft Internet Explorer 5.01 ou une version ultérieure.”
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Pour 5/8 euros de plus, j’ai un boitier, un support physique, une jaquette et la liberté d’écouter ce CD sur un Media Center sous Linux, sur mon lecteur CD vieux comme hérode…
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Sur le net, pour 10€ de moins, j’ai des fichiers OGG/FLAC, la liberté d’en faire ce que je veux, ni plus, ni moins.
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Nous ne nous trompons pas quand nous téléchargeons de manière illégale : nous choisissons la solution la plus en adéquation avec nos besoins : des fichiers dématérialisés qu’on peut utiliser librement. Et ma foi, vous nous avez habitué à nous priver du reste, on fait avec !
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La solution est pourtant juste sous vos yeux : Un service d’indexation géant, un tarif revu à la baisse, une démarche commerciale honnête et une qualité sans commune mesure. Pour un album, il est facile d’intégrer les paroles, des “bonus”, les jaquettes sous forme de PDF, images… (Songbird, itunes, amarok gèrent les pochettes sous forme d’image !)
18 décembre 2008 à 17:52
Pour rebondir sur le commentaire de AB.84, la position de Sinclair était intéressante dans le Nouvel Obs d’il y a 2 ans “Tous pirates !” (avant qu’Olivienne en devienne le patron donc).
Il disait que sur 100 personnes qui téléchargent son album, certainement 98 ne l’aurait pas acheté, et que si il plaisait à 10 de ceux-là et que seulement 1 venait à 1 de ses concerts alors il était gagnant …
23 décembre 2008 à 12:45
Cher Gautier, vous ne vous concentrez que sur un des volets de ma critique en trois parties du marché de la musique en ligne. Est-ce à dire que vous approuvez ce que j’écris dans les deux autres billets que j’y ai consacré ?
Voyez-vous, je ne suis pas polémiste par vocation, ni un ennemi de l’industrie musicale, il y a plus de dix ans que je me penche sur ce qui pourrait sortir les acteurs de la filière de l’ornière, et que je recherche des solutions. Vous me direz qu’au bout de dix ans, j’aurais pu trouver une soution miracle. Mais vous n’êtes pas plus avancé que moi.
Je suis une consommateur de musique en ligne, abonné à eMusic, MusicMe et Yahoo Music (soit un budget de 50 €/mois environ), et je ne fréquente plus le P2P depuis des années. C’est donc que l’offre légale m’attire plus que l’offre illégale. Pourtant, je persiste à penser que le satisfecit de certains acteurs de la filière à son égard est aussi rigide que mon néologisme.
Contrairement à ce que vous dites, je ne suis pas opposé à ce que les labels indépendants (et les auteurs, et les majors) tirent une juste rémunération de l’exploitation de leur musique sur Internet. Je me préoccupe également de la réponse à apporter au piratage en ligne, même si je ne suis pas partisan de la riposte graduée, mais entre gens intelligents, on peut en discuter. Nous ne vivons quand même pas dans un monde bushien ou celui qui n’est pas 100 % d’accord avec vous est votre ennemi à 100 %.
Je crois que vous vous tromper de cible. Je suis convaincu que l’offre légale, à condition de s’améliorer considérablement, peut marginaliser le téléchargement illégal, dans des proportions qui permettraient de le monétiser équitablement par une rémunération pour copie privée. C’est un point de vue, et vous avez le droit de ne pas être d’accord, sans vouer aux gémonies ceux qui ne partagent pas le vôtre.
Il existe de nombreuses pistes à suivre pour améliorer cette offre. Je pourrais en évoquer des dizaines avec vous. Dans le billet que vous commentez, je regrette simplement que tout le monde emboîte le pas à une certaine stratégie de l’étouffoir des acteurs qui justement s’investissent dans l’amélioration de cette offre, laquelle ne profite à très court terme qu’à certains acteurs, ou plutôt à un acteur en particulier, qui se taille 50 % de parts de marché dans le numérique. Cette situation vous satisfait-elle ?
Si demain Deezer (qui a fait beaucoup plus pour détourner les internautes de P2P que les 35 000 procédures de la RIAA aux US), Jiwa, MusicMe, et quantité d’autres plient boutique, si l’offre légale ne passe plus à ce moment là que par des canaux hyperconcentrés (la téléphonie mobile, les FAI) où les indépendants sont très mal exposés et voient leur part de marché se réduire comme une peau de chagrin, serez-vous plus satisfait ?
Vous évoquez l’étendue de l’offre en ligne, sa profondeur, etc., comme une panacée. Soit, n’allez pas plus loin, satisfaisez-vous de ce qu’il en est, et surtout n’écoutez pas les suggestions que je fais, niez toutes les bonnes volontés, refusez le dialogue et la discussion, braquez-vous sur des positions de principe qui n’attirent à vous que des interlocuteurs aux positions antagonistes extrêmes, dont je ne suis pas, et garantissez-vous de ne pas avoir à vous remettre en cause et à faire des efforts par trop poussés pour avancer.
Je vous suggère pour finir de lire cet interview de Terry McBride, le PDG du label canadien Nettwerks Records, au moins pour mesurer le décalage entre votre perception des choses et celle d’autres acteurs du marché qui ont déjà parcouru beaucoup de chemin depuis… 2002. http://www.pbs.org/mediashift/2008/12/nettwerk-ceo-terry-mcbride-puts-fans-in-charge-of-bands346.html