Dans un récent billet publié sur son site Internet, l’UFC-Que Choisir nous explique que la crise que traverse depuis plus de six ans l’industrie musicale n’est qu’un leurre et un juste retour des choses puisque cette dernière ne nuirait qu’aux intérêts économiques des majors qui, selon cette association, auraient organisé depuis des années la spoliation des droits de leurs artistes.
Attardons-nous sur leurs arguments pour soutenir une telle position :
• Tout d’abord, l’UFC-Que Choisir soutient que cette crise n’est pas réelle étant donné que « les sommes collectées par la SACEM ont fortement progressé entre 2000 et 2005 passant de moins de 600 millions à près de 750 millions d’euros ».
En utilisant comme point de référence les perceptions de la SACEM, cette association de consommateurs procède à une confusion manifeste entre les principaux acteurs de la filière musicale c’est-à-dire :
- d’une part, les auteurs-compositeurs et éditeurs de musique représentés par cette société de gestion collective
et
- d’autre part, les producteurs phonographiques et les artistes-interprètes dont les droits ne sont pas gérés par la SACEM mais font principalement l’objet d’une gestion individuelle.
Dans ces conditions, le point de référence choisi par l’UFC-Que Choisir n’est pas pertinent puisque la crise frappe principalement les artistes et les producteurs dont les ressources dépendent en grande partie de la vente de musique enregistrée.
• Leur second argument consiste à prétendre que le piratage sur Internet ne nuirait qu’à certains artistes privilégiés : « seuls 5 % des artistes gagneraient de l’argent grâce aux ventes de disques ».
Alors, pourquoi défendre les intérêts de ces quelques nantis, nous suggère l’UFC-Que Choisir ?
Outre le fait qu’ils procèdent à la même erreur d’analyse en n’utilisant comme élément de référence que les sommes perçues par les membres de la SACEM, cette assertion est fausse.
En effet, pour la première fois en 2008 les majors du disque ont signé moins de contrats en France avec de nouveaux artistes qu’elles en ont rompus ou non-renouvelés.
Le solde de cet indicateur qui reflète la réalité de la situation des artistes était positif en 2002 (+ 96).
Il est désormais négatif puisque pour 60 nouveaux artistes signés l’année dernière, 84 contrats ont été rendus par les quatre majors.
Rien d’étonnant à ce qu’un secteur qui encore a perdu 15 % de son chiffre d’affaires en 2008 et dont l’activité a été divisé par deux en cinq ans finisse par réduire ses investissements.
Ce ne sont pas les artistes « vedettes » qui souffrent de la crise mais bien les artistes en développement de carrière qui sont les principales victimes de cette récession.
Conscient du fait que cette démonstration est des plus contestable, l’UFC-Que Choisir fait de la surenchère en affirmant de manière péremptoire que les artistes et les auteurs–compositeurs seraient les grands oubliés dans le cadre de la vente de leurs disques puisque, selon cette organisation, ils ne toucheraient qu’une part infime des revenus issus de ce mode d’exploitation.
Là encore, on assiste à une analyse grossière des rapports contractuels et financiers entre les différents acteurs de l’industrie musicale.
La rémunération des auteurs-compositeurs ne se confond pas avec celle des artistes-interprètes et cette dernière, pour être évaluée de la manière la plus juste, doit prendre en considération non seulement les royalties qui sont versées par les maisons de disques mais aussi les avances consenties par ces dernières aux artistes.
Il est par ailleurs mensonger d’affirmer que dans le cadre des contrats d’artistes, les producteurs « soustraient de ces royalties le coût d’enregistrement de l’album, de la promotion et de la réalisation des vidéoclips ».
Enfin, l’UFC-Que Choisir prétend que le prix du disque serait trop cher et que celui-ci n’aurait jamais baissé depuis la fin des années 80.
Cette affirmation est en totale contradiction avec la réalité : le prix moyen TTC d’un album a baissé en 2008 de 16 % par rapport à 2003.
Par ailleurs, confondre la marge brute et la marge nette des producteurs sur les ventes de disques témoigne de l’absence totale de rigueur dans l’analyse développée par l’UFC-Que Choisir.
L’UFC-Que Choisir omet également de signaler que ces mêmes albums sont disponibles sur des plateformes de téléchargement à un prix de détail TTC qui ne dépasse pas les 10 euros.
Les ficelles utilisées par l’UFC-que Choisir pour démontrer que tout va bien dans le meilleur des mondes sont donc cousues de fils blancs.
Rien d’étonnant à cela pour une organisation qui a, pendant des années, prétendu qu’il existait un « droit à copie privée » pour le consommateur et qui vient d’être déboutée à deux reprises par la Cour de cassation sur cette question.
Du grand n’importe quoi pour une association censée défendre les intérêts des consommateurs et qui, en réalité, ne représente qu’elle même par le biais de propos infondés et caricaturaux.
David El Sayegh


21 janvier 2009 à 17:57
Le lien exacte de l’article de l’UFC est http://www.quechoisir.org/Article.jsp?id=Ressources:Articles:D57FCF7D35D9C864C125754000587CCB&categorie=NoeudPClassement:0F04FF55D939CADDC12573D000402F2C&catcss=MUL402
21 janvier 2009 à 18:05
L’UFC indique “La musique est-elle un secteur en crise ?” et montre que non tout le secteur n’est pas en crise et cite un contre-exemple : celui de la SACEM. Il n’y a donc pas de pb. d’argumentation là.