La légende de la page blanche

On ne peut pas répondre à tout et à tous, hélas. Parfois, quand on voit plusieurs serpents de mer sortir la tête de l’eau en même temps, on ne sait où donner du harpon. Et on oublie tel ou tel petit montre grimaçant jusqu’à ce qu’il resurgisse impromptu, quand on ne s’y attend plus. Ainsi, alors que chacun fourbit ses armes (ses armes rhétoriques, s’entend, nous sommes dans une démocratie !) avant que ne commence le débat sur la loi Création et internet, on voit revenir une des plus belles légendes de cette dernière année : « aux accords de l’Elysée, les FAI ont signé une page blanche ».
En lançant cette thèse l’été dernier, Xavier Niel, patron de Free, sous-entendait que les débats de la commission Olivennes n’avaient pas été sincères et que le gouvernement avait pesé de tout son poids pour imposer aux FAI un accord au contenu flou. Une manière de se dédouaner de tout ce qui découlerait de la loi à venir… (Mais aussi une manière singulière de présenter sa propre capacité à mener une négociation, comme l’avaient fait remarquer des commentaires sarcastiques dans certains lieux de débat sur la question.)

Voici maintenant que, comme un boomerang, revient cette rumeur de la page blanche signée par les FAI. Comme si ces entrepreneurs prospères et rationnels avaient découvert en lisant la presse le contenu de l’accord qu’ils avaient signé, comme s’ils avaient soudain réalisé qu’ils n’avaient pas compris leur propre position.

Je ne reprendrai pas aujourd’hui tout le débat sur la protection de la vie privée, sur les mesures techniques nécessaires à l’application de la loi à venir, ni même sur le degré de sincérité de l’adhésion des FAI au futur dispositif. Je me bornerai à rappeler que la page signée n’était pas blanche : les principes établis dans les accords de l’Elysée sont d’une parfaite clarté, et la plupart des incertitudes techniques développées à l’envi pendant des mois sont aujourd’hui levées. Alors pourquoi dire que les FAI ont signé une page blanche ? Pour faire oublier qu’ils ont tant tardé à la signer ? Pour faire oublier qu’ils sont les seuls à s’être enrichi dans la crise profonde que la filière musicale traverse depuis des années ?
G.Martin


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5 commentaires sur “La légende de la page blanche”


  1. Wyrm a dit:

    Si j’ai bien suivi le patron de Free lorsqu’il a mentionné le sujet, la “page blanche” était surtout un contrat flou, et dont il n’avait surtout pas le droit de garder une copie. Les discussions étaient individuelles, cloisonnées et sans traces… La pression était énorme… Et un certain nombre d’acteurs manquaient. (les consommateurs, les acteurs d’Internet hors FAI)
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    Ces “accords” sont donc au mieux opaques, au pire une simple arnaque pour que les noms des fournisseurs d’accès soient associés à ce projet ambitieux.
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    Je me demande même comment l’astuce n’est pas reprise plus souvent: par exemple, les patrons rencontrent les syndicats un par un, promettent à chacun de vastes changements, leur font signer à chacun un exemplaire unique d’accords “consensuels”, puis présentent à la presse des accords finaux sans rapport avec ceux signés où on promet d’envisager le projet éventuel d’augmenter les salaires (d’un montant non spécifié) en échange de l’abandon ferme et définitif du droit de grève. Ca m’amuserait beaucoup d’en voir essayer ça.
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    Plus sérieusement, au vu du contenu des “accords de l’Elysée” présentés officiellement, c’est un peu ce niveau “d’équilibre” qui a été atteint: d’un côté, les FAI et les internautes paient et se font pénaliser… ou “éduquer” selon vos termes douteux; de l’autre, les “industriels du divertissement” s’engagent à… euh… ben rien en fait. Il y avait bien un mince engagement à ôter les DRM (sur les produits français), et à changer la “chronologie des médias”.
    Sachant que les DRM ont été reconnus comme une nuisance pour l’utilisateur (à moins de faire partie d’un circuit bien fermé tel que le couple iTunes/iPod avant que même iTunes ne se mette à lever ses DRM), et donc comme une incitation à ne PAS acheter, il était normal qu’ils disparaissent… Quant à la chronologie des médias, les engagements ne tiennent plus non plus puisque les débats parlementaires montrent une volonté (politique) de ne pas imposer de changement ici… et même une volonté (des cinéastes) de ne surtout pas y toucher.
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    En résumé, ces accords étaient déjà déséquilibrés à l’origine (et le deviennent encore plus avec la volonté du milieu du cinéma de ne pas en remplir sa part). En quoi peut-on croire à la crédibilité d’un accord où la moitié des signataires n’aurait rien à gagner? et où des personnes (des personnes morales surtout: je comprends bien qu’on ne pouvait pas inviter tous les internautes français) pourtant très impliquées n’ont même pas été invitées?

  2. Guillaume a dit:

    Que je sache, Xavier Niel n’est pas le seul à s’être plaind des “débats” autour du rapport Oliviennes.
    Et ce n’est pas non plus sans raison que les FAI s’alarment des discussions en cours (SFR, Orange, Numéricable, Free …).
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    Vous dites : “les principes établis dans les accords de l’Elysée sont d’une parfaite clarté”.
    Bien alors j’ai une question très simple pour vous : Qui va payer les frais des FAI concernant la fourniture des informations administratives de leurs abonnés suspectés de contrefaçon ou au moins de manquement à la protection de leur connexion Internet ?

  3. Blastm a dit:

    Si les FAI on signé les accords de l’Élysée, c’est peut être parce qu’on leur a fait croire que ca ne leur coûterais rien et que ca ne les engageait a pas grand-chose…
    L’identification devait être indemnisé (comme a l’heure actuelle pour toute les demandes de la justice) ils n’étaient contraint à rien dans l’évolution de leur réseau (juste à faire des études de faisabilité) et ils leur était même garanti le droit de continuer a faire payer l’abonnement lors de la suspension de la connexion; un comble

    Aujourd’hui, le ministère de la culture fait des pirouettes alors qu’il se rends compte qu’il n’aura pas le budget pour des opérations aussi énormes qu’inutiles en période de crise, les FAI se rendent comptent que vous voulez intégrer des obligations techniques dans le texte de loi (à leur frais ou celui du contribuable, bien sur, pas à celui de la snep) et l’obligation de continuer à payer pour l’abonné est peut être l’un des amendements les plus fragile: même le dernier des godillots qui ignore tout du net peut y voir le risque de retour de bâton….

    Que le consommateur et le contribuable soient de toute façon perdants dans l’affaire, tout le monde s’en moquait, on ne leur avait même pas demandé leur avis…
    Mais un FAI n’est pas plus sympa qu’un ayant droit; faut pas donner l’impression de vouloir toucher à son porte-monnaie ou compliquer son boulot…

  4. DrMabulle a dit:

    Monsieur Martin,
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    Si les principes établis dans les accords de l’Elysée sont d’une parfaite clarté, pourquoi ne pas les publier ? Pourquoi se borner à garder les choses secrètes ? Pourquoi ce refus de transparence avec les FAI ? Avec la presse ? Avec les citoyens ?
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    Ces accords auraient été publiés, il n’y aurait pas eu de légendes, de mythes, de fabulations, etc. Ne pas permettre cette transparence, voulue par les citoyens, c’est entretenir la confusion, permettre le mensonge et la tromperie. A partir de cela, devinez qui les citoyens sont le plus enclins à croire : les FAI qui se plaignent d’avoir été dupés ou un gouvernement qui entretient le flou et ment ?

  5. The BLION Corp. a dit:

    Bonjour,
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    Pouvez-vous nous fournir l’intégralité des documents visés sur chaque page que les entreprises ont accepté de signer ? Souhaitez-vous réellement faire la lumière sur ce que chacun croit avoir signé ? Il semble que si vous vous refusez à nous montrer ces documents, c’est que leur contenu est plus que sujet à critique…
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    Montrez nous les documents que chacun a signé, nous les lirons avec plaisir pour déterminer qui ment à la population.
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    Bien cordialement


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