L’idéologie fait-elle de bonnes critiques de musique ? Face à la hargne qui accable les centaines d’artistes qui ont signé l’appel en faveur de la loi Création et internet, force est de remarquer que les adversaires de celle-ci perdent de vue ce qui est en jeu dans ce débat – la création artistique et ses rapports avec le numérique. On a lu récemment, dans les commentaires publiés sur demainlamusique.com ou ailleurs, toutes sortes de comparaisons entre la vie des « vrais gens » et celle des artistes – ces salauds d’artistes. Ceux-ci sont coupables de toucher une rente indue pour toute la durée de leur existence et de transmettre indument cette rente à leurs héritiers. Et, puisque les enfants de Jean-Jacques Goldman ou de Paul McCartney pourraient bien bénéficier de revenus notables après leur disparition, il serait indigne de défendre le principe de la propriété intellectuelle.
C’est oublier que l’écrasante majorité des auteurs et compositeurs adhérents de la Sacem touchent des revenus inférieurs au Smic. Si la Sacem verse des sommes énormes à quelques sociétaires, ce n’est pas parce qu’ils sont les amis de ses administrateurs, mais parce qu’ils sont les amis du public : leurs œuvres sont massivement jouées et diffusées, à la mesure des goûts et des attentes de l’auditoire des médias audiovisuels, mais certainement pas pour faire plaisir aux maisons de disques (si seulement !, diront les directeurs de labels). Ce qu’elle verse à des milliers de sociétaires constitue des revenus très modestes, à la mesure de leur audience et de leur succès, dans les ventes de musique enregistrée comme dans l’exécution publique de leurs œuvres.
Il est curieux, dans ces conditions, de voir à quel point le discours anti-Création et internet rejoint parfois les propos de vieux fachos caricaturaux d’avant-68, pour qui les artistes sont des feignants profitant de la crédulité des gogos pour se la couler douce au soleil. Il est même décevant de voir, sous la plume de défenseurs proclamés de la diversité culturelle et de la rigueur artistique, des propos d’un poujadisme effréné – salauds d’artistes qui voudraient que l’on paye pour l’écoute de leurs œuvres alors qu’ils devraient se contenter de la seule gloire.
Plus triste encore, l’acharnement à stigmatiser tous ceux qui soutiennent ce projet de loi. Jacques Attali parlant d’« artistes vieillissants » ne doit pas savoir qui sont Thomas Dutronc, Abd Al Malik ou Jeanne Cherhal. On glapit ici que seuls les artistes en contrat dans les majors ont signé, ce qui est oublier qui édite Amadou et Mariam ou Bertrand Burgalat. On grogne que seule la confrérie des artistes sarkozystes s’engage, ce qui un peu exagéré en ce qui concerne Ridan ou Hubert-Félix Thiéfaine.
Et, plus généralement, on leur reproche de défendre – disons le mot – leur pognon. Et alors ? N’est-ce pas ce que chacun fait, face à son patron ou face à son client, qu’il soit médecin généraliste, ouvrier d’une firme de pneus allemande ou intérimaire ? La loi Création ou internet est aussi – ne l’oublions pas, s’il vous plait – la résultante de réflexions sur la juste rémunération des artistes dans la société numérique. Ce n’est pas la seule solution, mais c’est un élément de la construction d’une nouvelle économie de la culture.
Quand on réfléchit à une crise économique, il faut raisonner (si l’on raisonne, évidemment) à partir de la situation des plus fragiles et non par rapport à celle des plus solides. Pour faire simple, les pertes boursières des plus grandes fortunes de France nous émeuvent assez peu, au contraire du drame de ces milliers de travailleurs précaires qui ont perdu leur boulot, et c’est pour eux que doit agir la politique publique. Alors, dans vos commentaires, épargnez-moi je vous prie, les aboiements rituels sur le pognon des plus grandes stars. N’oubliez pas que la plupart des artistes signés en maison de disques ont des revenus de Français moyens. Ou, plutôt, ils les avaient.
G.Martin


19 mars 2009 à 12:30
Et si la juste rémunération etait la licence globale et les concert “live”?
Sue fond de crise, pourquoi risquer de punir un innocent (ne perdons pas de vue que l’adresse ip n’est pas fiable comme preuve, plusieurs étude le prouvent et dire le contraire est de la malhonnêteté intelectuelle) pour défendre une industrie qui a du mal à négocier le tournant du net.
Monsieur Martin, pouvez vous publier l’évolution des chiffres de la musique live en france ?
Est il enfin possible de compter ce que les français dépensent en budget loisir (musique + ciné + dvd + jeu video + concert)?je vous fais grâce de l’évolution matérielle informatique, hifi et home cinéma, bien que son montant soit non négligeable.
Les modes de consommation ont changé, entre un cd et un jeu video, un jeune choisira un jeu video, et admettons que la loi soit efficace (ce qui avec les réseaux cryptés est peu probable), son budget n’est pas extensible, et vous verrez alors que ce qui est téléchargé, n’est pas ce qui serait acheté.
Mettons à plat les taxe pour la copie privée qui touche tout les supports vierges en france ainsi que sur les disque dur ou tout autre moyen de sauvegarde, et regardez deja les sommes que cela représentent.
Il reste à inventer la diffusion de la musique de demain, à force de considérer vos clients comme des voleurs potentiels, vous allez casser un lien invisible …. et cela, à jamais.
19 mars 2009 à 14:53
Je croyais que les opposant a cette loi vous accusait, vous, ceux qui en sont a l’origine, d’oublier complètement les artistes.
Si ce n’est pas le cas, tant mieux, vous avez des points communs, travaillez sur ce qui vous rapproche plutôt que sur ce qui vous sépare.
mais dans ce cas là, ou est votre billet de reproche à Mme Albanel, qui a rejeté un amendement visant a montrer clairement a l’acheteur quelle est la somme touché par l’artiste dont il viens d’acquérir un titre? Ou est votre étonnement de ne pas voir les engagement de développement de l’offre légale que vous aviez pris au nom des artistes lors des accords olivennes sanctuarisés dans le marbre de la loi?
Ou sont les vraies avancées pour les artistes dans ce texte purement répressif, qui ne leur promet rien de concret?
Ouvrez nous les yeux, mais si votre seul but est de railler ceux qui estiment que le flicage du net que vous soutenez n’est pas la solution, et pointent les vrais problèmes posés par la durée du droit “d’auteur”, par les méthodes de répartitions des sommes collectées par la sacem (qui favorisent les gros vendeurs qui gagnent déjà de l’argent, au détriment des smicards) et le manque de concurrence dans ce domaine, ainsi que les autres serpents de mer que vous refusez de prendre a bras le corps ou d’assumer, vous perdez votre temps.
19 mars 2009 à 15:30
“Salaud d’artiste” ? Je ne me souviens pas avoir lu le moindre commentaire allant dans ce sens.
Il est facile, quoique pathétique, de caricaturer à ce point les propos de vos opposants.
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A quoi va servir l’allongement de la durée des droits d’auteurs ?
Cela va-t-il inciter les petits auteurs à faire davantage de création ? Non. Ils vivent déjà à peine des revenus de leur travail, alors bien peu nombreux seront ceux qui toucheront quelquechose 50 ans après leur mort
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Cela va-t-il permettre aux petits auteurs de mieux vivre ? Non, ça n’affecte que les revenus après leur mort.
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Cela va-t-il permettre aux descendants de petits auteurs de mieux vivre ? Non, la plupart seront dans l’oubli ou toucheront une rente fantastique de quelques dizaines d’euros mensuels.
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Je vois donc mal où la création va être aidée… A si, suis-je bête, cela va aider les “gros” auteurs ! Quoique…
Cela va-t-il inciter les “gros” auteurs à faire davantage de création ? Non. Ils créent déjà énormément et leur demander plus ne ferait que réduire la qualité de leur travail. Et ils gagnent déjà des sommes bien suffisantes.
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Cela va-t-il permettre aux “gros” auteurs de mieux vivre ? Non, ça n’affecte que les revenus après leur mort.
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Cela va-t-il permettre aux descendants de petits auteurs de mieux vivre ? Oui, sans doute pour quelques enfants d’auteurs hyper célèbres… Et pourquoi ces gens devraient en profiter ? Qu’est-ce que cela apporte à l’art ? Ils auront déjà hérité de la fortune personnelle de leurs aïeux, c’est déjà pas mal, non ?
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A moins qu’il n’y ait d’autres bénéficiaires ? Pourriez-vous nous dire lesquels ?
19 mars 2009 à 15:49
Encore une fois, on lit ici une réponse à un des plus mauvais arguments contre la loi “Création et Internet”. Les attaques personnelles contre une minorité d’artistes ne sont pas très pertinentes, il est facile d’en convenir.
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L’ennui, c’est que nous n’avons eu aucune réponse censée (j’entend hors les grandes déclarations d’intention et les arguments déconnectés de la réalité technique et économique) aux reproches les plus fondés.
Rappelons pour exemple (la liste est loin d’être exhaustive):
- le manque de fiabilité de relevés automatisés d’adresses IP;
- l’absence de preuves (hormis la constatation d’une corrélation indirecte) de causalité entre la “chute du disque” et “la hausse du piratage” (pour reprendre vos termes);
- l’absence de réflexion quant à un nouveau modèle économique en faveur des artistes, justement (eh oui, certains se soucient d’eux tout en étant contre la loi)…
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Hélas, les attaques personnelles (argumentum ad hominem) sont légion, autant du côté des détracteurs de ce projet de loi que de ces partisans.
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Vous avez ainsi de nombreuses fois attaqué les “méchants pirates” que sont tous les opposants à la loi, en négligeant que nombreux sont les opposants qui ne téléchargent pas illégalement. Vous avez qualifié tous vos adversaires de monstrueux assassins de la culture alors que certains sont de gros (si ce n’est “les plus gros”) acheteurs d’oeuvres de tout type. L’amalgame est exactement du même ordre que ce que vous leur reprochez ici et maintenant…
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Finissons-en donc avec les clichés “d’artistes qui mangent du billet de banque au petit déjeuner” autant qu’avec ceux des “internautes embusqués derrière leur écran pour égorger numériquement les pauvres artistes, un sourire sadique aux lèvres”. Même si certains préfèreront toujours le débat de sophismes, car il paraît plus rapide, plus facile, plus séduisant… soyez de ceux qui tenteront de revenir au débat de raison.
19 mars 2009 à 18:23
L’allongement des droits d’auteur n’est pas à l’ordre du jour.
Ne confondez pas droits d’auteur et droits voisins.
Leurs titulaires, leurs régimes et dans une certaine mesure leurs fondements sont distincts.
13 mai 2009 à 16:15
Etant artiste dit de l’ombre.
je comprends la position hostile des français sur cette loi, pourquoi ??? tous simplement est que le gouvernement et Madame Albanel n’ont absolument pas tenue compte de la réalité sur le téléchargement illégal.
Je m’explique: tous ceux qui téléchargent illégalement sont sous proxy ( c’est a dire qu’ils utilisent l’adresse ip d’une autre personne ) cela signifie que beaucoup de français auront la connection internet supprimé alors qu’ils n’auront rien téléchargés.
Y a aussi le système du wifi qui va empiré les choses.
Comment une personne pourra t’elle prouver son innocence sachant que le pirate a utilisé son adresse ip ou connecté dans le réseau wifi de cette personne ?????.
rien n’est prévu dans cette loi sur ce sujet là important. Donc ils seront tous coupable point barre, dans l’état actuel je suis contre ce texte.
Quand on est artiste de l’ombre comme moi qui vivons de 400 euros par mois, qui bossons en moyenne 5 heures par jour pour un travail exterieur et 14 h de musiques par jour comment peut on s’en sortir ????
Je rappelle que si nous souhaitons produire nous artiste de l’ombre un album cela nous coutera 4 euros par album, donc si vous en faites 10 000 en support physique sa va nous couter 40 000 euros. Faut payer ensuite le studio d’enregistrement pour le mastering et la ca va de 300 euros la demi heure a plus.
Ensuite avant de le vendre il faut payer en avance les impots à la drm. Ensuite faut le distribué et quand on est pas dans une majors ( maison de disque ) il nous est impossible de le distribué dans divers magasin.
Comme la pub tv impossible pour nous beaucoup trop cher. Nous avons beau envoyé nos chansons dans les maisons de disques elle ne les écoutent même pas, ne répondent pas à nos mails, pareil pour les radios qui refusent systematiquement de diffusé des artistes de l’ombre.
Alors comment voulez vous que nous ne soyons pas amer de cette situation tout est fait en france pour les stars et rien pour nous, voilà ou est le problème.