En réponse toujours à quelques-uns des commentaires de mon précédent post, je voudrais dire qu’il est faux de prétendre qu’une copie n’appauvrit pas les propriétaires d’une œuvre. Je suis bien d’accord que ne pas payer une baguette de pain appauvrit le boulanger. Mais je rappelle que ne pas payer une heure de travail appauvrit le travailleur. De même, ne pas payer pour une œuvre appauvrit auteurs et producteurs de cette œuvre, tout simplement parce qu’une copie illégale et gratuite – ou un certain nombre de copies de ce genre – dispense d’acheter une copie légale.
Et, pire encore, cela frappera beaucoup plus durement un petit producteur qu’une major. Entendons-nous bien et prenons un exemple connu de tous : Madonna. Si des millions de copies illégales d’un single de Madonna se répandent, cela fera évidemment un manque à gagner énorme pour l’artiste et sa maison de disques, mais qui ne correspondra pas forcément au montant exact qu’auraient représenté les ventes du même nombre de copies légales (physiques ou numériques). Un certain différentiel intervient parce que des internautes ont téléchargé cette chanson par pure aubaine, parce qu’ils en ont entendu parler, parce qu’ils veulent juste écouter quelques instants du nouveau tube… Cette part augmente avec la notoriété des artistes, avec les effets cumulatifs que l’on connait bien sur Internet. (Une parenthèse : le piratage vertueux, qui viendrait pallier les manques de l’offre légale et permettre aux internautes de découvrir des artistes marginaux ou inconnus est une part infinitésimale des téléchargements illégaux ; tous les comptages le montrent : le piratage est une activité encore plus moutonnière que l’écoute des grands réseaux FM et concerne massivement des artistes déjà établis et des hits par ailleurs promotionnés massivement.)
Le bât blesse (le bât tue, même !) dans le cas des productions plus confidentielles. L’hécatombe chez les labels indépendants en France, ces dernières années, en est la preuve. Dans un secteur tel que les musiques du monde, où les CD fonctionnaient sur une économie de 1000 ou 3000 exemplaires, la circulation des copies pirates a tout simplement anéanti une bonne partie du marché et l’exemplaire réseau français de labels innovateurs et défricheurs a été ravagé. Tout simplement parce que, quand une production vise un million de ventes, le piratage massif en laisse malgré tout une part qui permet d’amortir la production. Quand une production vise 1000 ventes pour s’amortir, quelques centaines de téléchargements illégaux suffisent à la mettre en danger. Je veux bien que l’on dise aimer Danyel Waro ou Amadou et Mariam avec suffisamment de passion pour chercher tous leurs enregistrements sur les Torrent, mais cela met directement en danger l’économie générale de leurs carrières et de leurs productions : puisqu’ils sont des artistes « marginaux », chaque vente (et donc chaque vente perdue) a plus d’importance que pour un artiste établi tournant et écoulant du merchandising à travers le monde.
Pourquoi, d’ailleurs, croyez-vous que tant d’artistes africains vivant en France ont signé les pétitions soutenant la loi « Création et internet » ? Parce qu’ils viennent de pays où le piratage massif des cassettes puis des CD les condamnaient à trouver en Europe une économie viable (vivre de sa musique, dégager du profit pour investir dans les studios et la formation dans leurs pays d’origine…).
On peut se réfugier derrière l’idée que le coût marginal d’une copie numérique est faible, son piratage ne vole personne. Mais si, ça vole toujours quelqu’un.
Martin Gautier
Tags: bittorent, copie privée, création et internet


29 mai 2009 à 17:46
Bonjour,
Je suis un peu surpris que vous considériez la copie comme toujours illégale. Lorsque la source est licite, la copie est couverte comme vous le savez par l’exception de copie privée et le manque à gagner compensé par une redevance sur les médias et dispositifs de stockage externes. Certes toute les sources ne sont pas licites, mais il en existe tout de même pas mal (radio, TV analog et TNT etc ..). De nombreux artistes permettent aussi le téléchargement (depuis des pages web, donc la copie) de tout ou partie de leurs oeuvres (ce qui d’allieurs va m’inciter à les acheter par la suite).
Le seul bémol consisterai sans doute à se demander si les indépendants sont bien représentés dans la répartition de la collecte de cette redevance, mais je n’ai pas la réponse même si je ne me fais pas trop d’illusions.
31 mai 2009 à 20:40
Bon, et bien puisqu’il le faut, on va répéter ce qu’on a déjà dit des centaines de fois:
Copier une chanson qu’on n’aurait pas achetée n’appauvrit personne.
Bien sur, c’est si simple de déformer les propos des gens que vous avez réussi à écrire tout un billet à ce sujet…
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Et franchement, parmi les millions de chansons qui sont copiées, combien auraient été achetées ? Pouvez-vous nous donner des statistiques à ce sujet ? De la même manière, pouvez vous chiffrer la publicité créée pour un groupe grace à ces copies ? Exemple: Un pote est venu chez moi avec son disque dur, il m’a fait découvrir Maximum the Hormone, et je suis devenu fan. combien auraient perdus ces artistes si je ne les avaient jamais entendus par ce moyen ?
C’est facile de ne compter que ce qui est négatif, sans mentionner ce qui est positif…
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Enfin, vous parlez du mal bien supérieur que la copie inflige aux petits plutôt qu’aux gros… Je suis assez surpris, et j’aimerais que vous nous fassiez profiter des études sur lesquelles vous vous basez pour affirmer cela !
Parce que j’ai connu des débutants qui avaient fait un disque professionnel… et bien ils distribuaient gratuitement leurs CDs… car ils étaient bien conscients qu’ils ne le rentabiliseraient jamais uniquement par la vente et que le seul moyen était d’attirer un socle de fans.
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Puisque vous réagissez à certains commentaires, j’espère que vous n’hésiterez pas à nous répondre sur ces questions (et celles des autres intervenants…)
1 juin 2009 à 13:11
Personnellement, je ne suis pas d’accord. Il suffit de voir le nombre de groupe de punk ou de goth qui distribuent leur musique gratuitement légalement, pour se faire connaitre, en comptant sur leurs auditeurs pour ensuite acheter le CD.
2 juin 2009 à 11:16
Bel argumentaire.
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Petites contradictions cependant…
- Vous rappelez plusieurs fois que les chiffres “montrent” (ça reste de la statistique, donc ça vaut ce que ça vaut) que le téléchargement massif concerne les “hits”, puis vous dites que les petites productions en souffrent plus. Je vois bien ce que vous voulez dire (à savoir que les “petits” n’ont pas besoin d’être victimes au même niveau que les “gros pour en souffrir plus), mais le téléchargement “non massif” des “petits” est justement là une chance pour eux: même s’ils perdent sur un titre, cela peut leur donner une chance de devenir “gros”, justement. (Il y a eu quelques exemples significatifs en ce sens)
- Une réflexion pour, justement, trouver un modèle de rémunération basé sur ces “échanges non commerciaux” aurait été, de l’avis de plusieurs personnes, une réponse au problème que vous posez: les artistes ne gagnent pas grand chose, ou presque, à être téléchargé hors des modèles “légaux”. Hors, la discussion a toujours été bloqué, et l’axe de réflexion toujours orienté sur la manière de supprimer (ou du moins fortement réduire) ces échanges. Supprimer une souce de revenus potentiels et créer subitement une insécurité juridique majeure, comprenez que ça soit mal vu.
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A noter aussi: la copie a un coût objectif, en plus de ce que vous dites là sur le coût caché par la notion de “manque à gagner”.
- le stockage d’origine: dans le pair à pair, comme le nom l’indique, ce sont les utilisateurs qui assument ce coût (voir plus loin).
- la transmission: idem, à travers le coût de l’accès internet.
- le support: c’est là le plus drôle. Le support est maintenant aux frais du “téléchargeur”, légal ou pas. Et légal ou pas, le “téléchargeur” qui veut (et c’est très souvent le cas) emporter sa musique avec lui en balade, dans les transports, doit verser une part TRES importante du support… aux ayants-droits… à ceux qui se plaignent de ne rien toucher dans l’histoire. Jusqu’à il y a peu, le “piratage” était officiellement inclus dans cette redevance sous prétexte qu’il était trop difficile de faire des études qui ne les prenait pas en compte. Maintenant, c’est toujours le cas, mais avec des excuses minables en prime puisque cette redevance était, par ce fait, illégale. Le résultat est donc lourd puisque l’internaute moyen ne comprend pas (et je leur donne raison) pourquoi ils sont à la fois ponctionné pour et interdit de téléchargement. Même quand ils achètent des supports pour autre chose. Même quand ils téléchargent légalement. Même quand la redevance dépasse largement le prix du support lui-même.
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Pour le reste de votre argumentation, je répondrai juste que rares sont ceux qui veulent juste “ne rien payer”. Et encore plus rares sont ceux qui, comme vous le sous-entendez dans vos crises les plus graves, veulent activement la mort de la culture. Beaucoup, à l’inverse, veulent aider la création, mais n’acceptent pas les modèles anciens qui ont été transposés presque “tels quels” dans le monde numérique. Et ceux-là, ,en réponse à votre “vertueuse” lutte contre le “piratage”, vous en veulent de faire obstacle à la recherche de nouveaux modèles.
Vous ne vous faites ainsi pas comme adversaires que les “défenseurs du tout gratuit”. Vous vous êtes surtout aliénés de potentiels et formidables alliés potentiels. Des alliés qui connaissent la technique et auraient pu participer à la discussion en abondant dans votre sens.
2 juin 2009 à 18:51
Je remets ici mon commentaire qui mérite pour moi une réponse :
Lorsque l’on achetait un disque vinyle (59 Francs en 1981 le 33T que j’ai sous les yeux), on achetait un produit en vinyle pressé avec une pochette en carton imprimée autour et même une petite pochette protectrice en papier à l’intérieur.
Lorsque l’on achète un CD (29€ le dernier Loreena MacKennitt en version CD+DVD), on a pour ce prix un produit en plastique pressé avec une pochette en carton imprimée autour et son support pvc, un livret en papier glacé, un 2ème produit en plastique avec une 2ème pochette en carton imprimée et son support pvc et une 3ème pochette en carton pour lier les 2.
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Tout cela a un coût, vous ne pouvez pas le nier.
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Si ce n’était que le prix de l’oeuvre, comment expliquer qu’il existe une version haut de gamme pour ce fameux disque (A Midwinter Night’s Dream), avec une boite en carton, des cartes postales en plus des 2 mêmes CD et DVD vendue 10€ de plus.
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Dans un fichier électronique vendu par iTunes, VirginMega ou je ne sais qui, il n’y a :
- Ni CD pressé
- Ni pochette en carton ou en PVC
- Ni livret en papier glacé
… rien !
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Pire ! Si on veut graver l’album que l’on vient d’acheter, il faut payer en plus la taxe sur la copie privée qui est de 42 centimes.
Donc mon album à 9,90 euros me revient à 11,40 euros (1,50eur pour un CD vierge en boite, basé sur le prix FNAC pour 10 CD Verbatim).
Auxquels viendrait se greffer le prix de l’encre pour imprimer la pochette, ce qui n’est pas possible puisqu’elle n’est pas vendue avec l’album électronique et que la trouver sur un quelconque site est illégal.
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Je me retrouve avec un produit qui n’est donc pas à la hauteur en :
- esthétique : CD gravé, pas de pochette, boite en plastique
- qualité audio : la plupart des titres vendus sont en compression destructive
- intérêt : pas de livret qui souvent est quand même joli et intéressant
- prix : souvent le prix au global n’est même pas intéressant
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Auriez-vous une dent contre la musique numérique pour lui faire autant de tord ?!