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Categorie ‘Humeur’
Il est toujours délicieux de voir jusqu’où peuvent aller les déductions chez les gens « bien informés ». On a écrit beaucoup de choses sur les turpitudes supposées de la loi « Création et internet », beaucoup de choses de bon sens, beaucoup de choses exagérées, beaucoup de choses délirantes. Mais il restait encore à expliquer le pourquoi du pourquoi du pourquoi du pourquoi, le secret le plus intime d’une machination ourdie par le pouvoir, l’intention la plus ignoble se dissimulant sous une loi votée par la représentation nationale. Thomas Legrand l’a révélé dans sa chronique de vendredi dernier sur France Inter : « diviser le monde artistique qui est traditionnellement l’un des bastions d’influence de la gauche. »
Deux observations à ce propos (et même trois). Premièrement, les artistes qui se sont mobilisés en faveur de la loi « Création et internet » n’ont pas attendu pour cela l’appel des politiques. Ce sont même eux, ainsi que les sociétés civiles qui les représentent et les entreprises avec lesquelles ils travaillent (dans la musique et dans le cinéma, notamment), qui ont dû frapper aux portes des politiques pendant des années avant que ceux-ci ne prennent conscience de la gravité de la crise dans laquelle la circulation illégale de contenus culturels sur internet a plongé les industries culturelles.
Deuxièmement, il est difficile de dire que les partisans de cette loi ont divisé le monde artistique sans dire, symétriquement, que ses adversaires l’ont souvent traité avec un mépris qui ne s’était pas vu, en France, depuis les heures bien sombres où le mot culture faisait sortir des révolvers. On se souviendra par exemple de responsables d’un parti d’opposition stigmatisant les artistes « vieillissants » ou « amis du pouvoir » qui auraient les seuls à appeler cette loi de leurs vœux – ce que Sanseverino ou Hubert-Félix Thiéfaine, par exemple, ont dû apprécier. De même, la Quadrature du Net, en établissant la liste des artistes étrangers (et des artistes aux noms de consonance étrangère) signataires de la pétition de la Sacem, a prouvé son respect de la communauté artistique.
Enfin, il reste que les artistes et la création sont souvent considérés par les médias qui prétendent les aimer et les respecter avec une désinvolture sidérante. Thomas Legrand imagine que les artistes se mobilisent en faveur d’une loi (qu’ils considèrent comme allant dans le sens de leurs intérêts et de leur liberté de création) uniquement parce que cela irait dans le sens des intérêts du pouvoir. Imagine-t-il que les salariés de Continental descendent dans la rue uniquement pour rendre service à l’opposition ?
G.Martin
Commentaires (14)gmartin - juin 17, 2009 - 09:22
Stephanie Booth, blogueuse suisse, prétend contrer « le lavage de cerveau opéré par la grosse machine à faire du fric de l’industrie du film et de la musique ». Pour ce faire, elle s’attaque à ce qu’elle qualifie de « sept mythes ». Et ne parvient qu’à exposer – sept fois, ce qui est une belle performance – des assertions que l’on est en droit, à notre tour, de qualifier de mythes. Mais on n’emploiera le terme, en l’occurrence, que pour rester poli.
Mythe n°1 de Stephanie Booth : la morale, c’est élastique
« Manquer de respect aux droits d’auteur ou à la propriété intellectuelle (une autre notion discutable, voir plus bas), comme lorsque l’on photocopie en douce un livre à la bibliothèque, grave en vitesse un CD qu’on nous a prêté, ou télécharge de la musique ou des films “trouvés” sur internet, ce n’est pas un crime du même acabit que détrousser une petite vieille, piquer dans la caisse ou au supermarché du coin, ou braquer une banque. »
Effectivement, télécharger illégalement un disque, ce n’est pas la même chose que braquer une banque. Personne ne l’a jamais prétendu.
Voler un Carambar à l’étalage, ce n’est pas la même chose que voler trente milliards de dollars à de riches épargnants cupides et naïfs. Mais le mot est le même. Et, d’ailleurs, peu importent les mots, après tout.
Mais on n’empêchera pas que jouer sur les mots est souvent l’écran de fumée favori des coupables. On connait tous ces jeux-là : pirater n’est pas voler, tripoter n’est pas violer, draguer n’est pas harceler, sucer n’est pas tromper… Parce que, moralement, la contrefaçon c’est mieux que le vol ?
Mythe n°2 de Stephanie Booth : les pirater rapporte à terme aux artistes
Elle affiche comme « mythe » que « chaque copie téléchargée représente la perte d’une vente ». Je ne crois pas que personne ne le dise. Mais, en revanche, dire que chaque copie téléchargée ne représente a priori la perte d’aucune vente, c’est idiot.
Pourquoi télécharge-t-on illégalement ? Parce que c’est gratuit. Et la gratuité, c’est justement ne pas payer. Dire que l’on ne téléchargerait sur internet que des produits que l’on n’aurait pas acheté, c’est à la fois absurde et hypocrite.
Et tout justifier en disant que – peut-être, plus tard, on ne sait jamais – on achètera la musique ou les livres des gens dont l’on a téléchargé illégalement la production, c’est une autre hypocrisie. Quand on a téléchargé gratuitement l’intégrale de Serge Gainsbourg ou celle d’Elton John, on va s’écrier : « Ah ! Je suis bien content de toute cette musique. Pour prouver mon contentement à l’artiste, je vais effacer tous mes MP3 pirates et acheter son intégrale sur iTunes ! »
C’est une explication très jolie à écrire sur son blog, mais c’est faux. (more…)
Commentaires (5)gmartin - juin 9, 2009 - 14:31
En réponse toujours à quelques-uns des commentaires de mon précédent post, je voudrais dire qu’il est faux de prétendre qu’une copie n’appauvrit pas les propriétaires d’une œuvre. Je suis bien d’accord que ne pas payer une baguette de pain appauvrit le boulanger. Mais je rappelle que ne pas payer une heure de travail appauvrit le travailleur. De même, ne pas payer pour une œuvre appauvrit auteurs et producteurs de cette œuvre, tout simplement parce qu’une copie illégale et gratuite – ou un certain nombre de copies de ce genre – dispense d’acheter une copie légale.
Et, pire encore, cela frappera beaucoup plus durement un petit producteur qu’une major. Entendons-nous bien et prenons un exemple connu de tous : Madonna. Si des millions de copies illégales d’un single de Madonna se répandent, cela fera évidemment un manque à gagner énorme pour l’artiste et sa maison de disques, mais qui ne correspondra pas forcément au montant exact qu’auraient représenté les ventes du même nombre de copies légales (physiques ou numériques). Un certain différentiel intervient parce que des internautes ont téléchargé cette chanson par pure aubaine, parce qu’ils en ont entendu parler, parce qu’ils veulent juste écouter quelques instants du nouveau tube… Cette part augmente avec la notoriété des artistes, avec les effets cumulatifs que l’on connait bien sur Internet. (Une parenthèse : le piratage vertueux, qui viendrait pallier les manques de l’offre légale et permettre aux internautes de découvrir des artistes marginaux ou inconnus est une part infinitésimale des téléchargements illégaux ; tous les comptages le montrent : le piratage est une activité encore plus moutonnière que l’écoute des grands réseaux FM et concerne massivement des artistes déjà établis et des hits par ailleurs promotionnés massivement.)
Le bât blesse (le bât tue, même !) dans le cas des productions plus confidentielles. L’hécatombe chez les labels indépendants en France, ces dernières années, en est la preuve. Dans un secteur tel que les musiques du monde, où les CD fonctionnaient sur une économie de 1000 ou 3000 exemplaires, la circulation des copies pirates a tout simplement anéanti une bonne partie du marché et l’exemplaire réseau français de labels innovateurs et défricheurs a été ravagé. Tout simplement parce que, quand une production vise un million de ventes, le piratage massif en laisse malgré tout une part qui permet d’amortir la production. Quand une production vise 1000 ventes pour s’amortir, quelques centaines de téléchargements illégaux suffisent à la mettre en danger. Je veux bien que l’on dise aimer Danyel Waro ou Amadou et Mariam avec suffisamment de passion pour chercher tous leurs enregistrements sur les Torrent, mais cela met directement en danger l’économie générale de leurs carrières et de leurs productions : puisqu’ils sont des artistes « marginaux », chaque vente (et donc chaque vente perdue) a plus d’importance que pour un artiste établi tournant et écoulant du merchandising à travers le monde.
Pourquoi, d’ailleurs, croyez-vous que tant d’artistes africains vivant en France ont signé les pétitions soutenant la loi « Création et internet » ? Parce qu’ils viennent de pays où le piratage massif des cassettes puis des CD les condamnaient à trouver en Europe une économie viable (vivre de sa musique, dégager du profit pour investir dans les studios et la formation dans leurs pays d’origine…).
On peut se réfugier derrière l’idée que le coût marginal d’une copie numérique est faible, son piratage ne vole personne. Mais si, ça vole toujours quelqu’un.
Martin Gautier
Commentaires (5)gmartin - mai 29, 2009 - 15:22
Je voudrais réagir à un commentaire de Knight la Hire (mon Dieu !, le pseudo ! ; la Hire était certes un compagnon de Jeanne d’Arc, mais il a passé une bonne partie de sa vie à brûler des villages avec leurs habitants à l’intérieur) sur mon dernier post, affirmant avec une certaine hauteur que j’avais besoin d’« une petite formation sur l’économie ». C’est gentil.
Son argumentation tient dans le fait que notre « problème est d’avoir un modèle de vente basé sur la copie et non le produit ». C’est une vision primaire de ce qu’est l’économie des produits culturels et même l’économie tout court. Nos sociétés ont vite considéré que le travail « immatériel » a une valeur comparable à celle de la production de biens (dès l’Antiquité, pour tout dire). Et c’est là que se liguent la morale et le fonctionnement général du capitalisme : les revenus sont proportionnels à la richesse créée. Autrement dit, il n’existe pas un revenu fixe pour tout artiste, mais un revenu correspondant à son audience. L’acte créatif de Jacques Prévert, d’Ayo ou d’Antonin Machintruc est semblable, qu’il atteigne cinq, mille ou un million d’auditeurs, qu’il soit reproduit à des millions d’exemplaires ou qu’il ne soit porté au public que dans un petit bar de quartier. La seule différence entre Prévert, Ayo et Machintruc est la portée de leur travail – respectivement, une certaine « éternité », un succès dont personne ne sait le temps qu’il durera, l’anonymat… Et, très naturellement, les revenus que ces trois artistes sont en droit d’attendre sont proportionnels à cette portée.
Cet impact de l’artiste dans le corps social se mesure de plusieurs manières : il y a bien sûr les revenus tirés du commerce des copies d’une œuvre (des livres, des disques, des téléchargements, des reproductions photographiques, des DVD…), mais aussi les revenus tirés de l’usage de l’œuvre. Il est normal – et incontestable moralement – qu’un bar ou un magasin de vêtements qui diffusent de l’excellente musique sur leur sono payent les artistes dont ils diffusent la musique, tout simplement parce que cette musique procure à leurs clients un plaisir qui a une incidence sur le chiffre d’affaires. Toute utilisation d’une œuvre doit être rémunérée. C’est évident quand on achète un livre ou un disque (c’est de la vente physique), quand on joue une chanson ou récite un poème dans un spectacle ou sur un média audiovisuel (la Sacem, la SACD ou une autre société collecte les droits reversés directement aux artistes et producteurs), quand on copie une œuvre sur un DVD vierge (la redevance « copie privée » est répartie entre les représentants des artistes et des producteurs), quand on diffuse des œuvres dans un lieu public (encore la Sacem et autres)… Le principe est que nul usage d’une œuvre n’est gratuit. (more…)
Commentaires (8)gmartin - mai 25, 2009 - 15:20
On peut être opposé à Hadopi, on peut penser ce que l’on veut des maisons de disques, on peut imaginer ce que l’on veut pour le futur, et c’est là toute la grandeur de la démocratie. Mais les arguments portent mieux lorsque l’on s’abstient de mentir.
Un exemple : le site Mediapart publie une lettre ouverte signée par l’UFC-Choisir, le chapitre français de l’Internet Society, la Quadrature du Net, le Samup et le collectif « Pour le cinéma » adressée aux artistes qui soutiennent Hadopi. Le texte développe le discours rituel sur les bienfaits d’une économie dans laquelle il est juste et bon que les artistes ne soient pas rémunérés pour l’usage de leurs œuvres enregistrées puisque « les artistes se rémunèrent bien plus avec les concerts, les passages radio et autres sonorisations publiques » – affirmation « à la louche » qui, premièrement, revient à dire qu’il est moralement légitime d’exiger au restaurant la gratuité des desserts puisqu’on paye pour les hors d’œuvre, et qui, deuxièmement, est tragiquement contestable.
Quant à l’argument de « la logique similaire à celle qui vous aurait menés à vous battre pour l’interdiction du CD pour protéger les ventes de vinyles », elle est plus digne d’une cour de récréation que d’un débat sérieux : le vinyle a remplacé le CD, dans ses usages comme dans les revenus qu’il a générés. La crise actuelle vient des usages gratuits et illégaux massifs, et non seulement d’une mutation technologique. Mais tout cela n’est – à la limite – pas bien grave. La démocratie n’est pas gravement mise en danger par l’emploi d’arguments intellectuellement médiocres.
En revanche, il y a quelque malignité à mentir sur des sujets tels que celui-là, et surtout avec une telle grossièreté qu’en écrivant : « Sur la vente d’un CD ou d’un fichier numérique, la répartition des revenus se fait dans des proportions qui sont de 92% pour les maisons de disques et 8 % pour les artistes. » Que la part qui revient à un artiste en droits directs (ce qu’on appelle « royautés ») tourne en moyenne autour de 8 à 10%, il est absolument absurde de dire que 92% du prix de vente revient à la maison de disques. Les disques sont pressés, les fichiers numériques sont indexés, les distributeurs (qu’ils soient la Fnac, iTunes ou un disquaire indépendant) financent leurs infrastructures et payent leur personnel, l’Etat prélève ses taxes et impôts, il faut financer les dépenses de promotion (à la charge des maisons de disques), etc… La marge des maisons de disques ne dépasse guère en moyenne 8 ou 10%, pour les bonnes années (et l’on sait combien les bonnes années sont rares, ces derniers temps !) tout en sachant que l’activité des maisons de disques (comme des éditeurs de livres, par exemple) s’apparente plus à l’économie du capital-risque que d’une industrie « normale » : la plupart des productions sont déficitaires, une petite partie d’entre elles assurant l’équilibre ou les profits des entreprises.
Prétendre que les maisons de disques touchent 92% de la vente de musique enregistrée témoigne d’une méconnaissance telle de l’économie réelle de la culture qu’elle ne peut être que volontaire. Et on l’a tous appris à l’école primaire : écrire sciemment une contre-vérité, cela s’appelle un mensonge.
G. Martin
Commentaires (17)gmartin - mai 12, 2009 - 17:25
Il y a beaucoup de mythes concernant les métiers de la musique. Il en est un qui, bien que récent, a la vie dure, contre toute réalité concrète : les maisons de disques ne serviraient à rien. Cette thèse du « maillon inutile », si elle était réservée à certaines marges du domaine musical au temps du vinyle et du CD (le punk rock, le rock d’extrême-droite, la chanson française la plus politique, les formes de musique savante les plus autarciques…), s’est propagée d’une manière neuve avec l’entrée de la musique dans l’âge numérique.
Le « maillon inutile » est même devenu une sorte de modèle intellectuel pour décrire la création de musique aujourd’hui et demain : tout pourrait être produit et réalisé sans intermédiaire entre l’artiste et le public. Ainsi, les musiciens touchent leur public grâce à leur page MySpace (ou par d’autres réseaux sociaux, dans un monde idéal ; mais il est instructif que, dans le monde réel, MySpace soit en position de monopole de fait) et vendent directement leur musique aux internautes, soit sous forme numérique par téléchargement, soit sous forme physique par commande directe des CD.
Il est amusant, lorsque l’on en parle avec les responsables de labels discographiques, de découvrir qu’ils sont envahis de propositions de signature, et combien ces propositions n’ont jamais été aussi nombreuses. Et il est instructif de comprendre quelle est dans les faits l’utilité de MySpace. On y présente sa musique, on y dévoile son univers graphique, on y expose ses liens artistiques ou économiques (les « amis »), on s’y montre sur scène, on y donne éventuellement à lire une biographie… Bien sûr, il s’agit d’un lien avec le public, du public « naturel » des proches des artistes à des communautés que l’on souhaite de plus en plus larges. Mais, de fait, les pages MySpace remplacent à la fois le CV, la vieille cassette démo et même le showcase, se présentent de plus en plus souvent comme des liens vers l’univers professionnel. Et il est incontestable qu’elles permettent de rencontrer des partenaires plus facilement que par les techniques anciennes de l’envoi massif de démos à des dizaines de labels. D’ailleurs, les directeurs artistiques confessent qu’ils passent aujourd’hui énormément de temps à naviguer sur MySpace. (more…)
Commentaires (6)gmartin - mai 4, 2009 - 15:28
Nous considérons que la loi création et internet n’est pas là pour définir ce que doit être le marché de la musique. « Des entreprises privées sont seules à être capables ou non de s’adapter. Si elles ne savent pas le faire, tant pis. » Certes, mais encore faut-il ne pas leur demander de traverser la rivière avec un boulet attachée aux pieds ! Or c’est ce qui se passe en ce moment.
Ce que nous voulons c’est que ce texte accompagne la mutation en cours. Il fixe une règle du jeu. Comme cette règle est a priori désagréable pour les internautes car contraignante, elle ne peut évidemment pas être populaire. Mais elle sort internet d’une situation absurde, celle de ne rien faire. Le laisser aller actuel, typique d’un ultra libéralisme aberrant (et ce qui est amusant c’est que ceci est soutenu surtout par des gens qui se disent de gauche !) dont profitent les FAI (autrement plus sympathiques pour beaucoup visiblement, que les affreuses majors !) est funeste.
Je vous le prédis : en ne faisant rien, on anéantira la création en ne donnant plus d’oxygène à des centaines d’artistes de la « classe moyenne » c’est-à-dire ceux qui ne sont plus de jeunes amateurs heureux de compter leurs amis sur le net ni ceux qui surfent sur les succès du Top 10 et qui sont à l’abri. Cette classe moyenne est menacée d’asphyxie. Ne pas le comprendre c’est ne rien connaître du processus de développement et de la pérennité d’une carrière dans le secteur culturel.
Quant aux offres légales, nous faisons notre boulot, les mesures anti-copie disparaissent et il n’y a jamais eu autant de musique disponible à la vente ou à l’écoute légale qu’aujourd’hui.
Il y a profusion de musique et d’offres en termes de tarifs et de styles. Y compris dans les magasins. Je viens d’acheter pour environ 15 euros un superbe album de Bruce Springsteen CD+DVD. Qu’on ne vienne pas nous dire qu’on se moque du consommateur. Et c’est juste un exemple. Trouvez vous que les offres d’abonnements qui vous permettent de télécharger chaque moi des dizaines de titres ou d’albums pour quelques euros sont scandaleuses ? Et si la musique est chère alors , que d’objets ou de services chers ne pouvons nous pas nous offrir systématiquement dès qu’on en a le désir !
Quant à la « taxe » pour copie privée, non ce n’est pas un impôt, c’est une rémunération du travail accompli par les artistes les créateurs et les professionnels et utilisé par chacun de nous en copiant les œuvres. C’est le respect du travail de chacun. Respectez le travail des autres, je respecte le vôtre. Ceci fait partie du pacte social. J’ajoute que 25% des sommes vont à des aides culturelles.
Je crois qu’il y un grave quiproquo sur le fond : on vit dans une société de facilité consommatrice : tout, tout de suite et le moins cher possible. A certains égards c’est une avancée dans une société développée dont il faut se réjouir. Mais il existe des limites économiques à ce postulat somme toute très hédoniste. On ne construit pas un marché efficace en supprimant la capacité d’investir et en laissant s’installer un environnement totalement dérégulé. C’est économiquement non viable.
Nous n’attaquons donc pas nos consommateurs, nous ne cherchons pas à les sanctionner pour les sanctionner, c’est à l’Etat de se charger d’un travail pédagogique et de dissuasion. C’est son affaire, il est légitime pour cela. Cela fait six ans qu’on lui demande !!!!
Et s’il le fait bien et si cela marche - nous sommes persuadés qu’un nombre important d’internautes-citoyens, qui disent aujourd’hui le contraire, réfléchiront à la réception du premier mail de l’Hadopi-, nous pourrons dire que chacun fait son travail pour construire le nouveau marché de la musique.
Telle est notre conviction.
Bien à vous
Hervé Rony
Commentaires (14)hrony - avr 16, 2009 - 17:00
Il n’y a pas de raison de le cacher : jeudi n’a pas été une bonne journée pour tous ceux qui, en France, espèrent un cadre légal protecteur de la création, des créateurs et des producteurs. Une mauvaise journée, sans doute, mais assez instructive quant à la qualité et aux arrière-pensées de certains ricanements. Mais passons.
Il reste que la loi Création et internet sera votée, qu’elle sera promulguée et appliquée, puisque telle est la volonté continue du gouvernement, de la représentation nationale et de l’immense majorité des professionnels des industries culturelles. Ce sera seulement avec un petit peu de retard, un autre retard après que, depuis des années, beaucoup de forces économiques ou politiques se proclamant défense des internautes ont voulu que la musique – c’est-à-dire le gagne pain de ses créateurs et le métier des producteurs – soit pillée en toute impunité.
Dans l’habituel lot de petits trépignements d’arrière-garde, on entend dire qu’un sondage « révèle » que la loi Création et internet n’est pas populaire auprès de la majorité des Français. Rien d’étonnant à cela : après que depuis des années on a répété ici ou là que le juste prix de la musique ou du cinéma est de ne pas les payer, il est évidemment gênant pour beaucoup que l’on rappelle que la seule circulation gratuite des œuvres moralement défendable est celle qu’ont décidé librement les créateurs et les producteurs des œuvres.
Pour le reste, nous sommes dans un pays où, depuis belle lurette et sans doute pour longtemps encore, on aime que le gendarme soit rossé, quelque soit l’utilité du gendarme et quelque soit le chemin qu’il surveille. On a connu des sondages contre la ceinture de sécurité obligatoire, contre les radars au bord des routes, contre la vignette automobile et même contre l’abolition de la peine de mort. Et, si le sondage avait été une pratique courante en 1909, quand la rue de Mogador, à Paris, fut la première rue à sens unique de l’histoire française, les Français auraient clamé leur refus de rouler autrement qu’à double sens.
Il reste que le gouvernement, l’écrasante majorité des sénateurs (ainsi, Robert Badinter aurait voté une loi « liberticide » ?) et une large majorité des députés – c’est-à-dire l’expression démocratique de notre peuple – veulent cette loi. Il reste que l’immense majorité des professionnels qui font la création musicale en France soutiennent cette loi. Et, très bientôt, nous allons pouvoir, sur ce blog, parler d’autre chose.
G. Martin
Commentaires (3)gmartin - avr 15, 2009 - 17:46
Quand, sur ce site par d’autres canaux, les artistes, les producteurs et les industries culturelles répètent encore et toujours que la gratuité des œuvres n’est pas défendable dans son principe (à moins bien sûr qu’elle ne soit librement décidée par les artistes ou les producteurs eux-mêmes), ils se trouvent pris sous un tir de barrage. On leur explique que la gratuité est moralement juste et qu’elle est dans l’air du temps (selon ce sophisme que le coût marginal d’une copie sur internet étant nul, il est rationnel et bon que cette copie soit gratuite, et surtout sans l’assentiment des créateurs et des producteurs des œuvres).
Et s’attaquer du point de vue éthique à la circulation gratuite et incontrôlée des œuvres est donc par essence liberticide, immoral par essence et – disons-le tout net – franchement de droite. Ici au Snep, nous avons été ravis de lire l’article de Philippe Val (qui, on le sait, est le parangon de l’homme de droite immoral et ennemi des libertés individuelles) sur la gratuité dans Charlie Hebdo n° 874.
Dans un long développement, le directeur de Charlie Hebdo explique que « dans une société précisément marchande, rien n’est gratuit », que légaliser le piratage des biens culturels ou le tolérer sans chercher à le combattre reviendrait, pour un état démocratique, à se renier lui-même. Soucieux d’équilibre, Philippe Val a donné dans le même numéro de son hebdomadaire la parole à Oncle Bernard, le spécialiste d’économie de Charlie Hebdo pour qu’il y défende la gratuité, ce qu’il a fait avec les arguments bien connus déjà.
Sans entrer dans le détail de la discussion intra-Charlie, notons la jolie conclusion de Philippe Val, nouvelle voix parmi les créateurs qui, en France, s’inquiètent de la juste rétribution de la création : « Revendiquer la gratuité générale, c’est faire le deuil qu’un créateur dispose d’assez de temps et de liberté pour composer une œuvre de génie. Le gisement de choses géniales se tarira aussi inéluctablement que le pétrole si les inventeurs de choses géniales ne disposent pas d’un modèle économique durable qui soit en rapport avec leur production et qui leur permette de vivre. Le paradoxe n’est qu’apparent : c’est la gratuité qui fait peser la plus lourde menace sur ce don si précieux et sans prix que contiennent certaines choses. Et c’est la fréquence, la richesse et la qualité de ce don qui mesurent le degré d’évolution des sociétés. »
G.Martin
Commentaires (6)gmartin - mar 27, 2009 - 16:26
L’idéologie fait-elle de bonnes critiques de musique ? Face à la hargne qui accable les centaines d’artistes qui ont signé l’appel en faveur de la loi Création et internet, force est de remarquer que les adversaires de celle-ci perdent de vue ce qui est en jeu dans ce débat – la création artistique et ses rapports avec le numérique. On a lu récemment, dans les commentaires publiés sur demainlamusique.com ou ailleurs, toutes sortes de comparaisons entre la vie des « vrais gens » et celle des artistes – ces salauds d’artistes. Ceux-ci sont coupables de toucher une rente indue pour toute la durée de leur existence et de transmettre indument cette rente à leurs héritiers. Et, puisque les enfants de Jean-Jacques Goldman ou de Paul McCartney pourraient bien bénéficier de revenus notables après leur disparition, il serait indigne de défendre le principe de la propriété intellectuelle.
C’est oublier que l’écrasante majorité des auteurs et compositeurs adhérents de la Sacem touchent des revenus inférieurs au Smic. Si la Sacem verse des sommes énormes à quelques sociétaires, ce n’est pas parce qu’ils sont les amis de ses administrateurs, mais parce qu’ils sont les amis du public : leurs œuvres sont massivement jouées et diffusées, à la mesure des goûts et des attentes de l’auditoire des médias audiovisuels, mais certainement pas pour faire plaisir aux maisons de disques (si seulement !, diront les directeurs de labels). Ce qu’elle verse à des milliers de sociétaires constitue des revenus très modestes, à la mesure de leur audience et de leur succès, dans les ventes de musique enregistrée comme dans l’exécution publique de leurs œuvres.
Il est curieux, dans ces conditions, de voir à quel point le discours anti-Création et internet rejoint parfois les propos de vieux fachos caricaturaux d’avant-68, pour qui les artistes sont des feignants profitant de la crédulité des gogos pour se la couler douce au soleil. Il est même décevant de voir, sous la plume de défenseurs proclamés de la diversité culturelle et de la rigueur artistique, des propos d’un poujadisme effréné – salauds d’artistes qui voudraient que l’on paye pour l’écoute de leurs œuvres alors qu’ils devraient se contenter de la seule gloire. (more…)
Commentaires (6)gmartin - mar 19, 2009 - 11:29
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