L’équilibre des relations entre les producteurs et les chaînes de télévision remis en cause par l’amendement de P. Martin-Lalande
Dans le cadre du projet de loi relatif à la communication audiovisuelle, Monsieur Patrice Martin-Lalande a déposé un amendement n° 846 concernant la modification de l’article L.214-1 du Code de la propriété intellectuelle.
Cet amendement, qui n’a aucun rapport avec l’objet de cette loi, a pour objectif d’élargir considérablement le périmètre d’application de la licence légale puisque seraient désormais soumises à ce régime la diffusion sur une chaîne de télévision d’un enregistrement sonore publié à des fins de commerce, que celui-ci « soit reproduit ou non dans un vidéogramme ».
Le texte aujourd’hui applicable exclut du régime de la licence légale tout enregistrement qui serait reproduit dans un programme audiovisuel, à l’exception des enregistrements destinés à sonoriser des programmes propres diffusés par les chaînes de télévision.
Le critère de « programme propre » qui constitue un garde-fou pour les producteurs disparaîtrait du texte de loi si cet amendement venait à être adopté.
C’est ainsi qu’un enregistrement sonore incorporé dans une œuvre audiovisuelle ne pourrait plus être valorisé par son producteur lors de sa diffusion sur une chaîne de télévision. Il en irait de même pour les enregistrements pré existants incorporés dans les messages publicitaires audiovisuels.
Dans ces conditions, un tel amendement conduirait à fragiliser les intérêts économiques de notre secteur au moment même où l’industrie phonographique doit être en mesure de développer de nouvelles sources de rémunération.
Rappelons que l’exercice du droit exclusif dans un cadre contractuel constitue le meilleur outil juridique pour valoriser les droits des producteurs puisqu’il implique une véritable négociation contractuelle entre les ayants droit et les chaînes de télévision.
En revanche, gérer ce mode d’exploitation via la licence légale ne constitue qu’un pis-aller ne permettant aux producteurs que de percevoir une faible rémunération en contrepartie de l’utilisation massive de leurs phonogrammes. Et pourquoi accepter que des chaînes de télévision qui ne sont quand même pas aux abois paient une simple obole pour la musique ? Elles ne le font pas pour les fictions audiovisuelles, cinématographiques ou même le sport ! Pourquoi le feraient-elles pour la musique ?
Par ailleurs, l’adoption d’un tel amendement reviendrait à remettre en cause la conclusion des accords entres les sociétés de gestion collective de producteurs (SCPP et SPPF) et d’artistes-interprètes (ADAMI et SPEDIDAM), la SPRE et les chaînes de télévision concernant la télédiffusion de phonogrammes du commerce, qui est sur le point d’être finalisée après de nombreux mois de négociation.
C’est la raison pour laquelle, le SNEP entend formuler sa totale opposition à cet amendement qui tend à vider de sa substance le droit exclusif des producteurs phonographiques au seul bénéfice des chaînes de télévision.
David El Sayegh
Commentaires (2) - déc 10, 2008 - 13:10

