Billets avec le tag ‘maisons de disque’

Un mensonge de l’UFC-Que Choisir, de la Quadrature du Net et de quelques autres

On peut être opposé à Hadopi, on peut penser ce que l’on veut des maisons de disques, on peut imaginer ce que l’on veut pour le futur, et c’est là toute la grandeur de la démocratie. Mais les arguments portent mieux lorsque l’on s’abstient de mentir.
Un exemple : le site Mediapart publie une lettre ouverte signée par l’UFC-Choisir, le chapitre français de l’Internet Society, la Quadrature du Net, le Samup et le collectif « Pour le cinéma » adressée aux artistes qui soutiennent Hadopi. Le texte développe le discours rituel sur les bienfaits d’une économie dans laquelle il est juste et bon que les artistes ne soient pas rémunérés pour l’usage de leurs œuvres enregistrées puisque « les artistes se rémunèrent bien plus avec les concerts, les passages radio et autres sonorisations publiques » – affirmation « à la louche » qui, premièrement, revient à dire qu’il est moralement légitime d’exiger au restaurant la gratuité des desserts puisqu’on paye pour les hors d’œuvre, et qui, deuxièmement, est tragiquement contestable.
Quant à l’argument de « la logique similaire à celle qui vous aurait menés à vous battre pour l’interdiction du CD pour protéger les ventes de vinyles », elle est plus digne d’une cour de récréation que d’un débat sérieux : le vinyle a remplacé le CD, dans ses usages comme dans les revenus qu’il a générés. La crise actuelle vient des usages gratuits et illégaux massifs, et non seulement d’une mutation technologique. Mais tout cela n’est – à la limite – pas bien grave. La démocratie n’est pas gravement mise en danger par l’emploi d’arguments intellectuellement médiocres.
En revanche, il y a quelque malignité à mentir sur des sujets tels que celui-là, et surtout avec une telle grossièreté qu’en écrivant : « Sur la vente d’un CD ou d’un fichier numérique, la répartition des revenus se fait dans des proportions qui sont de 92% pour les maisons de disques et 8 % pour les artistes. » Que la part qui revient à un artiste en droits directs (ce qu’on appelle « royautés ») tourne en moyenne autour de 8 à 10%, il est absolument absurde de dire que 92% du prix de vente revient à la maison de disques. Les disques sont pressés, les fichiers numériques sont indexés, les distributeurs (qu’ils soient la Fnac, iTunes ou un disquaire indépendant) financent leurs infrastructures et payent leur personnel, l’Etat prélève ses taxes et impôts, il faut financer les dépenses de promotion (à la charge des maisons de disques), etc… La marge des maisons de disques ne dépasse guère en moyenne 8 ou 10%, pour les bonnes années (et l’on sait combien les bonnes années sont rares, ces derniers temps !) tout en sachant que l’activité des maisons de disques (comme des éditeurs de livres, par exemple) s’apparente plus à l’économie du capital-risque que d’une industrie « normale » : la plupart des productions sont déficitaires, une petite partie d’entre elles assurant l’équilibre ou les profits des entreprises.
Prétendre que les maisons de disques touchent 92% de la vente de musique enregistrée témoigne d’une méconnaissance telle de l’économie réelle de la culture qu’elle ne peut être que volontaire. Et on l’a tous appris à l’école primaire : écrire sciemment une contre-vérité, cela s’appelle un mensonge.
G. Martin

Commentaires (17)gmartin - mai 12, 2009 - 17:25


La TVA à 5,5%, vraiment ?

Au détour d’une phrase, lors de son intervention télévisée de jeudi soir, le président de la République a affirmé son désir de voir unifier le taux de TVA sur les produits culturels à 5,5%.
Il rejoint là une revendication régulièrement réaffirmée par l’industrie de la musique (dont le Snep, évidemment). Mais, en ce domaine comme pour celui – beaucoup plus précieux en termes électoraux – de la restauration, il est difficile à la France d’agir seule, en raison des exigences de la convergence et de la cohérence fiscales entre Etats de l’Union européenne. Depuis le milieu des années 90, plusieurs tentatives ont été menées, par la France et l’Italie notamment, pour obtenir cette réduction de leurs partenaires. Et toutes ont échoué.
Evidemment, les maisons de disques y sont toutes favorables : la baisse de la TVA permettrait une forte baisse des prix de détail et soutiendrait la demande. Mais l’argument culturel du Président est d’une portée incontestable (et incontestée dans l’opinion française) : si la noblesse du livre et son poids historique dans nos cultures lui vaut une TVA à taux réduit de 5,5% (celui des produits dits « de première nécessité »), le disque le mérite tout autant. Plus personne n’oppose sérieusement « la chansonnette » aux prestiges de la littérature classique (pas plus que, dans l’autre sens, l’on n’oppose Mozart et la littérature de gare) et le consensus national pourrait ne pas souffrir d’exception. Au niveau européen, le Traité instituant l’Union dispose que « la Communauté contribue à l’épanouissement des cultures des Etats membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l’héritage culturel commun » – argument déjà employé pour faire accepter la réduction de la TVA sur le livre.
En 1987, une première baisse avait été obtenue après des années de campagne auprès de l’opinion, des autorités politiques (c’est d’ailleurs une des premières fois que l’industrie du disque est intervenue directement dans le débat public) et des instances européennes. A ce moment, donc, la TVA sur les cassettes préenregistrées et les disques passe du taux majoré de 33% (dit « produits de luxe ») au taux « normal » (17,6% à l’époque, 19,6% aujourd’hui), ce qui accompagne le décollage du marché du CD. Dès l’année suivante, en 1988, les ventes de CD dépassent en volume les ventes de 33 tours vinyles.
Aujourd’hui, personne n’attend de miracle économique d’une baisse de la TVA sur le disque, mais il est bon que les plus hautes autorités de l’Etat parlent de relancer le cycle des négociations – voire des marchandages – avec nos partenaires européens. Mais, dans ce lent processus qui s’annonce, il est évidemment à craindre que les Etats ne s’engagent pas tous sur une voie qui accélèrerait encore la réduction des ressources fiscales liées au commerce de la musique enregistrée. Le marché du disque en pleine crise rapporte selon les pays entre la moitié et les deux tiers de taxe en moins. Si le taux de TVA est réduit de 19,6 à 5,5%, la baisse serait vertigineuse. Et, si le régime de la musique enregistrée sur support physique est a peu près harmonisé en Europe, les taux de TVA du téléchargement de contenus culturels sont encore loin de l’être.”

G.Martin

Commentaires (3)gmartin - fév 18, 2009 - 10:26


Un nouveau modèle économique ? Un seul ?

Chacun sa marotte, c’est entendu. La recherche du business model à venir pour l’industrie de la musique suscite quelques micro-monomanies intéressantes, comme on le voit çà et là sur les sites spécialisés et dans les commentaires de ce blog. La présentation des performances de Radiohead ou Nine Inch Nails nous a nourris de démonstrations quant à la pertinence du prix fixé par les clients, voire de la distribution gratuite de la musique par ses créateurs. Le succès de Grégoire a invité à envisager la transmutation de masse des internautes en producteurs. Par ailleurs, on voit régulièrement s’élever des certitudes quant au salut par les abonnements illimités et autres appellations du concept de licence globale, quant à la monétisation du P2P, quant à la capacité de la publicité à financer un marché fondé sur le streaming…
Même si notre époque, dit-on, aime les idées simples, il serait peut-être temps de jeter aux orties toutes ces considérations monistes. Et de réaliser qu’il n’y aura pas un modèle économique, mais des modèles économiques. L’industrie monoproduit dans laquelle triomphait le CD ne se transformera pas en une autre industrie monoproduit ou mono-processus. Cette industrie vivra de plusieurs produits et de plusieurs sources de financements.
Il est clair que le support physique ne disparaitra pas totalement, et qu’il aura même tendance à se diversifier – disques, cartes, clés USB, disques durs pré-remplis, objets culturels hybrides (livres, œuvres plastiques, jeux). S’il est illusoire d’imaginer qu’il retrouve sa superbe perdue, il est non moins irréaliste de croire que le support physique disparaitra à court terme (ne serait-ce que parce qu’il existe des demandes fortes dès que l’on atteint le noyau des fans d’un artiste ; imaginons ce que serait une sortie d’album de Mylène Farmer, Indochine ou Radiohead – oui, Radiohead ! – sans support physique…). (more…)

Commentaires (3)gmartin - fév 6, 2009 - 12:31


Nouvelle réponse à Philippe Astor à propos de l’industrie musicale et de la ligne 1 du métro parisien

Philippe Astor, ne croyez pas que le Snep fasse une fixette sur vous. Mais vous portez souvent une parole qui suscite des agacements, des prurits, des micro-colères qui – même si elles font sainement circuler le sang dans les vaisseaux et la bile dans le foie – donnent l’impression qu’expliquer notre point de vue est une tâche sisyphéenne.

Votre réponse à mon dernier billet a ceci de très agréable que vous y êtes d’une parfaite bonne foi et prenez la peine de clarifier des positions dont la limpidité s’était parfois perdue dans le feu de la polémique quotidienne. Elle est intéressante en ce sens qu’elle essaie de définir ici et là des voies médianes dans un univers où s’affronteraient le toutgratuisme militant et le rêve de restauration d’un univers anté-P2P. Pour bien intentionnée et sincère que soit cette entreprise, elle est hélas assez naïve. Une première précision quant au combat que mènent les maisons de disques – majors comme indépendantes – ces dernières années : nous ne voulons pas restaurer une économie dans laquelle le CD dominait sans partage la consommation de musique. Je ne crois pas que les responsables de ces entreprises trouvaient sain (ni surtout satisfaisant intellectuellement) que, certaines années, le back catalog représente 60% du chiffre d’affaires, ni qu’ils imaginaient que cela allait durer des siècles. En revanche, il n’est pas question d’accepter que la création et la diversité soit menacées comme elles le sont aujourd’hui par l’effondrement du marché. (more…)

Commentaires (2)gmartin - jan 21, 2009 - 16:38


Petite réponse à Philippe Astor à propos de l’industrie musicale, des sauterelles et des autoroutes

Cela fait quelques semaines que vous avez répondu à un de mes billets qui s’en prenait directement à vous, ou plutôt à une affirmation que vous signiez et qui me paraissait absurde (pourquoi l’imparfait ? elle me paraît toujours absurde). Si je ne vous ai pas répondu plus tôt, ce n’est pas par mépris, par paresse ou par colère, mais tout simplement parce que votre réponse m’inspire des réflexions comme on en voit peu sur les blogs et forums que nous fréquentons, vous et moi. Des réflexions qui n’ont pas à voir uniquement avec le numérique et avec un quelconque business model. Des réflexions qui n’ont trait qu’à l’humain et, pour tout dire, à la morale, à la politique, à la démocratie et à toutes ces choses sur lesquelles nous sommes tous d’accord – du moins en théorie.
Et ce genre de réflexions peut être mal pris, ou mal compris, ou mal interprété. Mais tant, pis, allons-y.

Je reviens à ce qui m’a exaspéré l’autre jour dans votre billet. Vous écriviez : « Si l’offre légale était aussi pertinente que certains veulent le penser, si les propositions de valeur de la musique en ligne étaient si séduisantes pour les fans de musique, nous n’en serions pas à voir le numérique parvenir à peine et fort péniblement à compenser, sur certains marchés, le déclin de la distribution physique. »
Depuis, l’étude de Will Page et Andrew Bud est venu apporter une triste eau à un triste moulin – le mien, cher Philippe, pas le vôtre. Si 10 millions de morceaux parmi les 13 millions disponibles au téléchargement légal n’ont jamais été achetés, ce n’est pas parce que l’offre n’est pas assez attractive, ce n’est pas parce que les niches ont été méprisées, ce n’est pas parce que les goûts des amateurs de doom metal, d’accordéon musette ou de polyphonie féminine bulgare ont été ignorés. C’est parce qu’il existe des alternatives à l’achat. Et que, permettez-moi de le répéter, ces alternatives sont la plupart du temps illégales. On peut tempérer l’étude de Page et Bud (une durée de temps encore trop courte pour avoir des conclusions définitives, parmi les 13 millions de morceaux, il n’est pas tenu compte des doubles référencements, massifs notamment dans la musique classique…), on peut y apporter quelques bémols ici ou là, mais on ne peut la nier : 85% des albums disponibles au téléchargement légal n’ont jamais été téléchargés. (more…)

Commentaires (3)gmartin - jan 12, 2009 - 16:43


A quoi servent les maisons de disques ?

Comments Offsvinner - juin 17, 2007 - 10:58