Billets avec le tag ‘streaming’

De quoi les ayants-droit sont-ils coupables ?

Est-ce seulement une mode dans le vocabulaire ou cela révèle-t-il autre chose ? En tout cas, les ayants-droit en prennent pour leur grade. Que The Pirate Bay soit devant la justice, que Luc Besson attaque le streaming illégal, que la loi Création et internet arrive devant le Parlement, on lit ici et là sur les sites et les forums beaucoup d’accusations, d’invectives, d’imputations sommaires contre les ayants-droits. Tout récemment, dans les commentaires d’un de mes billets, on lit par exemple : « dans 2 ou 3 ans, les lobbys des ayant-droits (j’en exclus auteurs et interprètes) vont faire voter une nouvelle loi, anti streaming, et dans 5 ans une loi anti Internet ? » Je ne m’étends pas sur le fond du propos ou l’idée saugrenue qu’il ne faudrait pas considérer les artistes comme des ayants-droits, mais juste sur cette formule : « les lobbys des ayants-droit » (je rétablis la bonne orthographe au passage).
Ces « lobbys des ayants-droit » pourraient remplacer, dans un certain vocabulaire vaguement hystérique, les majors. Ils pourraient bien devenir le nouvel épouvantail, la formule que l’on jette rapidement pour dire une antipathie, une détestation, une répugnance. Et contre qui, mon Dieu ? Contre l’argent, contre les gens d’argent, contre l’idée d’un Mammon aux doigts crochus, peut-être… Contre la possibilité de s’approprier en toute impunité ce qui est légalement la propriété d’individus et d’entreprises.
Du point de vue sémantique, le terme « ayant-droit » déroge à la syntaxe la plus courante. Il fige la formule « avoir le droit » en une possession plus définitive et peut-être plus inquiétante pour des esprits enclins à la paranoïa. C’est un terme venu de la langue juridique ? Il ne peut, dès lors, que cacher réalités et intentions inavouables. Il exprime la propriété et surtout la propriété intellectuelle ? C’est donc l’expression d’une réalité contraire à l’ordre souhaitable. Puisque la propriété, c’est le vol, la propriété intellectuelle est un vol aggravé.
Peu importe, d’ailleurs, qu’aucun raisonnement sérieux et crédible ne défende l’abolition de la propriété intellectuelle (celle des artistes créateurs, celle des producteurs des œuvres), il y a un propos induit dans l’idée de « lobbys des ayants-droit » : leur action est illégitime ; et si leur action est illégitime, c’est qu’elle ne repose pas sur un fondement légitime ; et c’est toute la propriété intellectuelle qui est par essence illégitime…
Là, l’attaque n’est pas dirigée contre les seules majors, ni contre les organismes collectifs représentant les créateurs (et gérés par les créateurs) comme la Sacem, ni contre les entreprises du secteur de la musique, mais contre l’idée même que l’on puisse défendre la propriété intellectuelle. Un phénomène marginal, peut-être, mais un phénomène inquiétant.
G.Martin

Commentaires (17)gmartin - fév 25, 2009 - 17:38


Le streaming, et encore le streaming

D’abord, on veut parler du streaming, puis l’actualité oblige à parler du streaming… Car Luc Besson a ouvert un nouveau front dans une tribune donnée au quotidien Le Monde du 15 février, dans laquelle il s’en prenait à « l’industrie du piratage ». Deux conséquences : d’une part, un flot de critiques, d’injures et de billets condescendants sur le cinéaste, comme à chaque fois qu’un artiste dit haut et fort qu’il souhaite voir ses œuvres protégées du pillage ; d’autre part, la fermeture du site Beemotion, diffusant sans l’accord de leurs ayant-droit des films en streaming sur le marché français (et qu’on ne prétende pas qu’« internet n’a pas de frontières », des milliers de sites, marchands ou non, ne sont pas accessibles dans certains pays).

Le bilan de l’affaire ? Plutôt positif : d’une part, un FAI (Free, en l’occurrence) fait preuve de responsabilité et ne se réfugie pas derrière la doctrine du « couteau innocent » (le quincailler ou l’armurier ne sont pas responsables des crimes et délits commis avec les couteaux qu’ils vendent), en perte de vitesse dans le secteur des télécoms ; d’autre part, on peut imaginer que s’établisse peu à peu une « jurisprudence Beemotion », excluant peu à peu le piratage et la spoliation des artistes et producteurs du business model des entreprises du net.

G.Martin

Commentaires (6)gmartin - fév 19, 2009 - 18:08