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Les sept mythes de Stephanie Booth

Stephanie Booth, blogueuse suisse, prétend contrer « le lavage de cerveau opéré par la grosse machine à faire du fric de l’industrie du film et de la musique ». Pour ce faire, elle s’attaque à ce qu’elle qualifie de « sept mythes ». Et ne parvient qu’à exposer – sept fois, ce qui est une belle performance – des assertions que l’on est en droit, à notre tour, de qualifier de mythes. Mais on n’emploiera le terme, en l’occurrence, que pour rester poli.

Mythe n°1 de Stephanie Booth : la morale, c’est élastique
« Manquer de respect aux droits d’auteur ou à la propriété intellectuelle (une autre notion discutable, voir plus bas), comme lorsque l’on photocopie en douce un livre à la bibliothèque, grave en vitesse un CD qu’on nous a prêté, ou télécharge de la musique ou des films “trouvés” sur internet, ce n’est pas un crime du même acabit que détrousser une petite vieille, piquer dans la caisse ou au supermarché du coin, ou braquer une banque. »
Effectivement, télécharger illégalement un disque, ce n’est pas la même chose que braquer une banque. Personne ne l’a jamais prétendu.
Voler un Carambar à l’étalage, ce n’est pas la même chose que voler trente milliards de dollars à de riches épargnants cupides et naïfs. Mais le mot est le même. Et, d’ailleurs, peu importent les mots, après tout.
Mais on n’empêchera pas que jouer sur les mots est souvent l’écran de fumée favori des coupables. On connait tous ces jeux-là : pirater n’est pas voler, tripoter n’est pas violer, draguer n’est pas harceler, sucer n’est pas tromper… Parce que, moralement, la contrefaçon c’est mieux que le vol ?

Mythe n°2 de Stephanie Booth : les pirater rapporte à terme aux artistes
Elle affiche comme « mythe » que « chaque copie téléchargée représente la perte d’une vente ». Je ne crois pas que personne ne le dise. Mais, en revanche, dire que chaque copie téléchargée ne représente a priori la perte d’aucune vente, c’est idiot.
Pourquoi télécharge-t-on illégalement ? Parce que c’est gratuit. Et la gratuité, c’est justement ne pas payer. Dire que l’on ne téléchargerait sur internet que des produits que l’on n’aurait pas acheté, c’est à la fois absurde et hypocrite.
Et tout justifier en disant que – peut-être, plus tard, on ne sait jamais – on achètera la musique ou les livres des gens dont l’on a téléchargé illégalement la production, c’est une autre hypocrisie. Quand on a téléchargé gratuitement l’intégrale de Serge Gainsbourg ou celle d’Elton John, on va s’écrier : « Ah ! Je suis bien content de toute cette musique. Pour prouver mon contentement à l’artiste, je vais effacer tous mes MP3 pirates et acheter son intégrale sur iTunes ! »
C’est une explication très jolie à écrire sur son blog, mais c’est faux. (more…)

Commentaires (5)gmartin - juin 9, 2009 - 14:31


Loi Création et Internet en 10 questions : l’éclairage du Snep sur les réponses apportées par l’UFC Que Choisir.

1. Actuellement, un consommateur qui télécharge de la musique sur Internet risque une condamnation pénale pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende. Si la loi dite « Création et Internet » est votée, ces dispositions disparaîtront-elles ?

Non, le projet de loi actuellement discuté, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, ne remet pas en cause les dispositions répressives de la loi DADVSI. Un internaute accusé de téléchargement illégal pourra donc être condamné deux fois : par l’HADOPI, puis au pénal !

Cette présentation est tendancieuse.

Personne n’a jamais affirmé que le projet de loi « Création et Internet » entraînait une disparition du délit de contrefaçon.

De plus, il faut rappeler que les peines auxquelles fait référence l’UFC-Que choisir sont des peines maximales qui n’ont jamais été appliquées à l’encontre de ceux qui téléchargent illégalement sur Internet.

L’objectif du projet de loi est bien de cesser de traiter les internautes qui s’adonnent à de telles pratiques comme des délinquants en prévoyant un dispositif favorisant la pédagogie par des messages d’avertissements.

La remise en cause du projet de loi « Création et Internet » revient donc à prôner l’abandon de toute mesure adaptée et proportionnée pour lutter contre le piratage sur les réseaux et, paradoxe absolu, à rebasculer dans l’ornière du droit pénal des internautes qui téléchargent illégalement. (more…)

Commentaires (12)admin - nov 10, 2008 - 13:14


Radiohead, un modèle ou une exception ?

Les chiffres publiés l’autre semaine par Warner Chappell UK sont sans ambiguïté : Radiohead a gagné plus d’argent en vendant sous forme numérique son dernier album, In Rainbows, qu’avec les ventes physiques du précédent, Hail To The Thief. La sortie de l’album, le 10 octobre 2007, avait été un événement très commenté, le groupe ayant proposé d’abord pendant plusieurs semaines son disque à prix « libre », fixé par chaque internaute le téléchargeant. Puis In Rainbows était sorti sur les grandes plateformes de téléchargement à un prix « normal » avant de passer, le 31 décembre 2007, à une sortie traditionnelle en CD.

Premier enseignement, parfaitement prévisible : alors que la vente physique d’un album de cette importance exige une énorme infrastructure – celle d’une major du disque –, la vente sur internet aiguille la tentation de reprendre une part du gâteau en se passant de cet intermédiaire jusque là indispensable. Et « l’autoproduction » d’un projet de cette taille est possible sur internet. Deuxième enseignement : il n’y a peut-être, justement, pas de leçon à tirer de cette opération pour imaginer le nouveau modèle économique de l’industrie musicale.
Or on ne dispose pas encore d’exemple (ou de contre-exemple) de groupe ou d’artiste atteignant cette prospérité numérique en ayant bâti sa légitimité hors de l’économie traditionnelle de la musique. Car Radiohead n’est pas un groupe de la « nouvelle économie » mais un fleuron de la « vieille économie ». Ce groupe a construit sa puissance, sa popularité et sa fortune (clé de son indépendance financière d’aujourd’hui) au cours des années les plus prospères du CD. On se souvient même que beaucoup de voix qui se satisfont aujourd’hui de l’autonomie de Radiohead s’agacèrent alors du mercantilisme du groupe, de ses singles publiés en plusieurs versions alternatives et de son goût des éditions limitées pesant lourdement sur les budgets des fans… (more…)

Commentaires (3)gmartin - nov 6, 2008 - 11:39